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00) Cours élémentaires de botanique

Cours élémentaires de botanique

appliqués à Madagascar

et débutés à Tananarive, en octobre 1938

par Pierre BOITEAU

Cours de Pierre BOITEAU
Ingénieur Horticole
Ingénieur d’Agronomie Coloniale
Correspondant du Muséum National d’Histoire Naturelle
Membre de l’Académie Malgache

Ce cours a été réactualisé au niveau des noms botaniques en 2002
par sa fille, Lucile ALLORGE-BOITEAU,
docteur ès-Sciences,
attachée au Muséum d’histoire naturelle de Paris
La mise en page a été effectuée par sa fille, Suzanne MOLLET-BOITEAU

Le reste du texte à été laissé en l’état et est le reflet de l’époque coloniale, avec des mentions comme "la Colonie" pour parler de Madagascar et "des indigènes" pour parler des Malgaches.


Introduction

« À Dieu ne plaise que nous soyons assez insensés pour vouloir y rassembler tous les ouvrages de la Nature, plus profonde et plus vaste que l’Océan. L’homme le plus actif, dans le cours de sa vie la plus longue, n’en peut entrevoir que les principaux rivages ; mais ses études élémentaires doivent au moins en embrasser l’ensemble. »

Bernardin de SAINT-PIERRE.

 

Le voyageur européen qui débarque, pour la première fois, sur les côtes de notre Grande-Île, en quelque point que ce soit, y est forcément surpris par la variété de sa végétation ou son aspect étrange. Tout voyageur porte généralement en lui un observateur. Celui qui ne voit rien, peut évidemment contempler longtemps la même chose et éprouve peu souvent le besoin de se déplacer ou il s’en lasse bien vite.

Parmi les premiers renseignements que demandera notre arrivant, figureront sans doute les noms de ces végétaux inconnus. Or, neuf fois sur dix, il lui sera répondu évasivement. À peine, de temps à autre, aura-t-il l’occasion de noter un nom créole ou celui d’une plante utilitaire. De là, sciemment ou non, un curieux sentiment de vide et de malaise dû à un défaut impondérable de précision qui vous force à vous en tenir à ces termes si vagues : un arbre, une plante, une herbe, alors que vous auriez dit en France : « Le tilleul, le chèvrefeuille ou le pissenlit »

Pour le botaniste, c’est encore plus terrible ! Songez à la définition, un tant soit peu péjorative, qu’en a donné Alphonse KARR : « Le Botaniste est un Monsieur qui vient dans nos bois, dans nos prairies, cueille nos plus belles fleurs, les fait sécher entre deux feuilles de papier buvard où elles perdent leurs brillantes couleurs et ensuite… il les insulte en latin ! » Je vous laisse à penser quel est le désarroi de notre malheureux botaniste. Il peut encore certes, récolter ses fleurs et les faire sécher, mais pour ce qui est de les insulter en latin, il n’y a plus rien à faire, le vocabulaire lui manque.

En France, l’amateur de plantes, même s’il débute, est généralement guidé par un maître. Il apprend vite le nom des plantes les plus répandues, puis armé de son bon gros « BONNIER », il va se lancer dans des déterminations de plus en plus délicates. Il a d’autre part à sa portée des moyens de transport faciles et rapides qui l’amènent presque à pied d’œuvre, même s’il veut faire connaissance avec la flore alpine.

Ici, il en va tout autrement. Le naturaliste doit faire de longs et pénibles efforts physiques pour prendre contact avec les formations si diverses de la Grande-Île.

Une fois son matériel récolté, il lui faudra de patientes recherches dans une foule de livres techniques rédigés dans les langues les plus diverses, pour découvrir enfin les diagnoses cherchées. Puis, il devra établir la comparaison de ces descriptions entre elles et avec les échantillons récoltés. Et encore, tous ces travaux restent souvent stériles. Pour noter avec certitude le nom exact à consigner sur l’étiquette, il faut confronter l’échantillon lui-même avec son type conservé pieusement dans un lointain Musée européen. Nous sommes loin de la boite verte et du gros BONNIER. La Flore malgache est aussi bien plus variée que celle de France. Notre île compte près de 12.000 espèces, rien que pour celles à fleurs. Les plantes sans fleur y sont au moins aussi nombreuses, la plupart sont d’ailleurs encore inconnues. Si l’on observe qu’une même plante, souvent envoyée à des spécialistes divers (suivant la nationalité du collecteur), a reçu plusieurs noms (parfois jusqu’à 10 et davantage) on peut avoir une idée de la complexité de ces recherches.

Bien peu d’hommes peuvent se vanter de connaître la Flore malgache et je m’empresse de dire que je suis loin d’avoir cette prétention. Il faut toute une existence passée à l’étudier pour pouvoir affirmer qu’on commence à la connaître.

Aussi, ma seule ambition actuelle est-elle de servir en quelque sorte d’interprète, entre les érudits spécialistes de notre Flore ou le plus souvent de quelques-unes de ses familles et les observateurs, les esprits curieux qui sans vouloir « insulter les plantes en latin » sont néanmoins désireux de parler une langue nuancée et vivante.

Comme je l’ai laissé entendre jusqu’ici, la Botanique est essentiellement une science d’observation. Aussi, on conçoit bien mal que des enfants qui n’ont sous les yeux que des exemples de plantes françaises dessinés sur un livre, aussi bien illustré soit-il, soient capables d’apprendre durablement des rudiments de sciences naturelles. La plupart du temps, ce cours n’est pour eux qu’un exercice mnémonique qui trouverait mieux sa place dans d’autres branches de l’enseignement. Les plus favorisés d’entre eux, lorsqu’ils iront en France auront généralement oublié les noms des plantes qu’ils ont appris et leurs caractères et en tout cas seront bien incapables de reconnaître, dans telle fleur splendide, un vilain petit dessin qui d’après leur professeur portait le même nom.

Quant à nos jeunes Malgaches, comment apprendraient-ils à aimer les fleurs de leurs prairies et les arbres de leurs forêts, alors qu’on ne leur en parle jamais. Ils en ont pourtant bien besoin pour surmonter leur instinct atavique de l’incendie et les erreurs de leurs ancêtres qui ont ruiné d’immenses étendues de leur beau pays.

Il est donc devenu indispensable à mon sens, pour tous ceux auxquels incombe la responsabilité de la formation des générations qui viennent, d’acquérir un minimum de connaissance des choses de la Nature malgache. Beaucoup en ont déjà formulé le désir et c’est pour les aider dans cette entreprise que j’ai réalisé cet essai dans la mesure de mes moyens.

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