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00a) Introduction : La récolte des échantillons à Madagascar

LA RÉCOLTE DES ÉCHANTILLONS BOTANIQUES À MADAGASCAR

Pierre BOITEAU

Dans chaque région de Madagascar aussi ravagée qu’elle ait pu être par les feux de brousse, les tavy ou les exploitations forestières abusives, il existe des lambeaux plus ou moins importants de végétation intacte : près des marais, dans les creux protégés des rochers, sur les pentes escarpées. Ce sont ces petites formations qui sont particulièrement intéressantes, à prospecter.

Pour les plantes supérieures, on doit s’efforcer de récolter des échantillons aussi complets que possible, c’est-à-dire présentant des feuilles, des fleurs, des fruits, la partie souterraine de la plante si elle comporte : un bulbe, un tubercule, un rhizome ou des racines renflées. La traditionnelle boîte verte n’est pas du tout recommandable ici. II est beaucoup mieux d’avoir une petite presse de récolte, légère, constituée par deux toiles métalliques, tendues sur des cadres de fer et serrées par des courroies de cuir, que l’on remplit au préalable de feuilles de papier de journal, avec quelques pages de buvard pour les plantes particulièrement délicates.

Les plantes sont placées entre ces feuilles, au fur et à mesure de leur récolte et serrées modérément. Chaque échantillon est accompagné d’une étiquette, sur laquelle on notera : le nom du collecteur, le n° de récolte, la date, la localité exacte, l’habitat (forêt, prairie, etc.), le port de la plante (arbre, arbuste, liane, sous-arbrisseau, plante suffrutescente ou herbe), sa taille approximative, la couleur des organes qui sont susceptibles de se décolorer (fleurs), le nom indigène, les utilités qui peuvent être connues de la plante.

Certaines plantes grasses continuent à vivre en presse, pendant des semaines, voir des mois. Il est indispensable pour les bien préparer de les tuer au préalable, en les faisant tremper 24 heures dans une solution d’alcool ou de formol à 5 %. On les met ensuite en presse, comme les plantes ordinaires. On peut les tuer aussi, en les trempant rapidement dans l’eau bouillante.

Pour les Orchidées, il est bon de noter la forme des pseudo-bulbes, lorsqu’elles en présentent, car cette forme peut être impossible à reconnaître en herbier.

Un croquis rapide de certaines fleurs peut rendre de grands services pour les travaux ultérieurs.

Les palmiers de la Grande-Île sont encore mal connus. Cela est dû à ce que les échantillons envoyés sont rarement complets. Ils doivent comprendre : une inflorescence mâle et une inflorescence femelle, la base, le milieu et le sommet d’une feuille, les fruits, une gaine foliaire non encore ouverte, prélevée tout près du bourgeon terminal.

Les fougères devront comprendre des fructifications ou des frondes fertiles, quand celles-ci sont différenciées. Pour les fougères arborescentes, il convient de récolter aussi les écailles de la base des frondes qui sont indispensables pour certaines déterminations.

Les champignons peuvent faire l’objet de récoltes extrêmement intéressantes, dans toutes les régions, aussi bien les espèces à fructifications facilement visibles à l’œil nu, que celles qui parasitent les plantes sauvages et ne se présentent alors que sous forme de petites taches sur les organes de ces végétaux.

Certains champignons ligneux se conservent facilement après séchage, mais la plupart des espèces se décomposent facilement et doivent être de préférence, placées dans des flacons, dans un liquide préservateur, alcool ou eau formolée. Chaque récolte devra être accompagnée d’une fiche descriptive comprenant un croquis de la plante et les indications suivantes : nom du collecteur, n° de récolte, date, localité, habitat, mode de groupement : isolé, en touffes ou en groupes ; les dimensions du chapeau et sa forme, les caractères de sa cuticule : séparable ou non, sèche ou visqueuse, glabre, farineuse, veloutée, soyeuse, fibrineuse ou squameuse, brillante ou mate ; les couleurs des diverses parties ; les caractères, les dimensions, la forme du stipe et s’il se sépare ou non du chapeau ; la présence ou l’absence d’anneau et de volve ; les caractères de l’hyménium : lamelles, tubes, pointes, etc. ; consistance, couleur et odeur de la chair, présence ou absence de lait.

Pour chaque espèce, un chapeau pourra être déposé sur une feuille de papier et l’on récoltera quelques heures après les spores, dont on notera la couleur.

Les algues sont lavées à l’eau, dès leur récolte. On les étale alors à la surface de l’eau, puis on glisse en dessous une feuille de carton, qu’on laisse remonter bien d’aplomb, pour que l’algue s’y étale convenablement. Les cartons, portant les algues, sont recouverts de tissus de la même dimension et l’on met le tout en presse, en intercalant entre deux échantillons ainsi préparés un petit matelas de papier buvard. Lorsque l’échantillon est bien sec, l’algue adhère parfaitement au carton et le tissu se détache de lui-même. Ainsi préparées, les floridées ou fleurs de mer, conservent leurs superbes couleurs.

La récolte des espèces microscopiques serait évidemment intéressante, mais elle exige des techniques assez compliquées et un matériel plus important.

Enfin, les lichens qui comptent encore de nombreuses formes inconnues à Madagascar se conservent à sec, comme les échantillons des plantes supérieures ou dans de petites pochettes.

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