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23) Annexe : Les Fougères de Madagascar

LES FOUGÈRES DE MADAGASCAR

Edmond FRANCOIS

Belles plantes de Madagascar
In Mémoires de l’Académie malgache
XXIV (1937) - p. 17

Toutes les familles des Filicinées possèdent des représentants à Madagascar et si le plus grand nombre vivent dans la forêt, les régions plus sèches et même très sèches de l’extrême Sud, n’en sont pas dépourvues. Beaucoup de nos fougères sont des plantes cosmopolites, de tous les tropiques, voire de l’Europe (Pteris aquilina, Adiantum capillus - veneris, Osmunda regalis, Anogramma leptophylla). Et si quelques-unes ont le port et la taille de grands arbres, bon nombre sont des plantes minuscules. Parmi celles-ci les plus curieuses, dont les frondes translucides se confondent avec les mousses au milieu desquelles on les trouve le plus fréquemment, appartiennent au groupe des Hyménophyllées : Hymenophyllum inaequale, H. ferrugineum, H. ciliatum, Trichomanes cuspidatum. Ces fougères qui vivent en nappes ou étroitement mêlées avec les mousses au pied des arbres, là où l’eau ruisselle sans arrêt, sont impossibles à cultiver et périssent dès qu’elles quittent l’ombre épaisse et l’humidité permanente qui leurs sont nécessaires.

Parmi les plantes basses, les plus remarquables sont les Asplenium :
- En particulier, A. praemoisum, cosmopolite, certainement aussi décorative que la plupart des fougères introduites en Europe et cultivées par nos horticulteurs. Elle est peu délicate, de multiplication facile et s’accommoderait très bien de la serre tempérée et des appartements.
- Asplenium formosum, dénommée avec quelque emphase, est toutefois une bonne plante de tous les continents tropicaux.
- A. lastii, endémique de la forêt du Nord, à frondes entières ou plus exactement faiblement lobées, est curieuse et son aspect original mériterait de la faire rechercher par les cultivateurs.
- A. sandersonii est une petite espèce du sous-bois très humide. Elle s’installe parfois sur les arbres, là où des mousses ont pu retenir ses spores.
- Asplenium nidus (Aspleniaceae) ou « nid d’oiseau » ou langue de bœuf, en malgache farahimpa qui ne dépasse guère l’altitude de mille mètres.

Au-dessus de mille mètres, la fougère précédente est remplacée par une plante épiphyte du même port, mais du genre Polypodium :
- P. puctatum qui est pourvue des frondes linéaires, entières, assemblées en corbeille pour retenir les débris organiques qui tombent du sommet de la forêt.

Mentionnons toujours parmi les épiphytes :
- Davallia denticulata qui vit volontiers sur le tronc des raphias dont les frondes sont assez grandes et découpées.
- Oleandra africana, plante bizarre, sinon belle.
- Les curieuses Cyclophorus, dont Cyclophorus madagascariensis à feuilles duveteuses.
- Les Vittaria, longues crinières de frondes étroites et linéaires : V. isoetifolia et V. scolopendrina.
- Platycerium bifurcatum, commun dans la forêt de l’Est où l’on trouve encore, P. madagascariense dont les frondes de fixation sont ondulées de façon singulière.
- La famille des Polypodiacées, la plus nombreuse à Madagascar, compte des épiphytes : Polypodium punctatum et Polypodium phymatodes, toutes deux cosmopolites et dont la dernière, très commune, possède des rhizomes sinueux et des frondes très profondément lobées. P. lanceatum comporte également un long rhizome qui s’élève à peu près verticalement de la base vers le sommet des arbres.
- Toujours parmi les Filicinées épiphytes et remarquables, citons encore de cette forêt : Drynaria wildenowii et dans le groupe des Lycopodes : Lycopodium phegmaria, cosmopolite et Lycopodium pecten, endémique.

Si nous revenons aux plantes terrestres, nous indiquerons parmi les plus belles fougères, tout d’abord les plus grandes :
- Coniogramme madagascariensis, Marattia fraxinea (Filicinée qui en réalité ressort d’un ordre voisin de celui des fougères), à puissantes frondes dressées et très belles.
- L’Osmonde royale, O. regalis vit dans les points les plus humides, mais les mieux éclairés de la forêt.
- Les Elaphoglossum ne quittent pas le couvert des arbres : Les fougères de ce genre possèdent des frondes stériles, le plus souvent amples et au centre de la touffe, des frondes plus étroites qui portent des sporanges. Les plus décoratives de la forêt orientale sont : E. sieberi, E. hirtum et E. conforme.
- Le genre grimpant Lygodium possède deux espèces dans ce massif forestier : L. lanceolatum et L kerstenii, plantes volubiles, très ornementales.
- Parmi, les Pteris, il n’est guère que la très cosmopolite, P. cretica qui vaille de figurer en notre section.
- Les Adiantum sont relativement peu nombreuses : A. aethiopicum se rencontre parfois sur les lisières de la haute forêt, mais elle est beaucoup plus répandue dans la Région-centrale.
- A. rhizophorum est une petite plante des mousses, où elle voisine avec - Les Schizea (Schizaeaceae) : S. dichotoma.
- Les Davillia (Davalliaceae), noms vernaculaires : petite fougère ou tambavine qui montrent des frondes finement incisées. Elles sont très communes vers l’altitude de 800 mètres, mais particulièrement dans les endroits que le soleil peut atteindre directement. En outre, D. denticulata, épiphyte déjà cité et D. nitidula qui vaut d’être mentionné.
- Deux très jolies plantes, malheureusement délicates et d’une conservation difficile, sont les Gymnogramma : G. aurea et G. argentea. Leurs frondes très légères sont poudrées d’or et argent au revers. Ces fougères sont assez communes dans la forêt, mais elles évitent les endroits sombres. Dans les coupes, elles apparaissent dès la chute des arbres, pour disparaître lorsque l’ensoleillement devient trop brutal.
- Les Nephrolepis : N. biserratta et N. cordifolia, très communes, garnissent les bas-côtés des routes forestières vers 1.600 mètres et souvent, leurs longs stolons escaladent les arbres voisins. Ces espèces de pleine lumière disparaissent durant la saison défavorable, mais leurs souches vivaces reparaissent dès que reviennent chaleur et grandes pluies. On voit dès lors pointer les frondes verticales, parfois alignées au long de la longue tige qui court sur le sol.
- Enfin, il faut citer dans le beau genre Blechnum : B. tabulare qui sort de la forêt pour vivre dans tous les lieux frais de l’Imerina et du Betsiléo et possède une grosse souche souterraine portant des groupes de frondes stériles ou fertiles. D’autres espèces du même genre sont pourvues d’un tronc court ou encore d’une tige nette, mais grêle qui s’appuie sur l’arbre le plus voisin : B. attenuatum.
- Les sélaginelles malgaches méritent aussi de retenir notre attention. Les espèces forestières, S. goudotiana, S. fissidentoïdes et S. lyallii sont, charmantes et en culture à mi-ombre permettent de constituer de magnifiques tapis.

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