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22) Annexe : Le Cycas

TERRIBLE DESCRIPTION DU CYCAS

PAR UN AUTEUR QUI NE MANQUAIT PAS D’IMAGINATION

Napoléon AUBANEL

La France civilisatrice à Madagascar
Paris, 1895 – p. 33

« Il existait dans les forêts de Madagascar un arbre monstrueux, fantastique qui est en même temps, un sujet d’effroi et de vénération pour les naturels.

Ce monstre végétal se nourrit de chair !

C’est le Drosera, Drosera (Droseraceae), plus communément désigné sous le nom de répé-tépé.

Son tronc qui atteint jusqu’à trois mètres de hauteur et est assez proportionné en largeur, ressemble à une énorme poire. L’écorce est représentée par des écailles noirâtres, dans le genre de celles dont est recouvert le palmier. Il est percé à la cime d’un trou de cinquante à soixante centimètres, où suinte une liqueur gluante, dont l’odeur pestilentielle est suffocante. Autour de la cavité, s’élancent des fuseaux longs d’un à deux mètres, ornés d’un dard acéré. Ces fuseaux sont creux, absolument flexibles et ornés dans toute leur longueur de tentacules. Au-dessous, une quantité innombrable de scions. Ces bras hideux, car ce sont de véritables bras, s’agitent en tous sens, fouettant l’air avec des sifflements lugubres, s’entrecroisant comme des serpents qui tentent de s’entredévorer ou pendent le long du flanc rebondi du tronc, immobiles, comme à l’affût d’une proie.

Les oiseaux, tous les animaux qui passent à la portée du cannibale, sont saisis et sucés, jusqu’à la dernière goutte de sang. Quand l’animal est gros, les bras du monstre s’abattent sur lui avec une vivacité extraordinaire. Ils s’enroulent autour du corps de la victime qui en est littéralement couverte. Les ventouses s’appliquent avec une sorte de fureur, la masse est élevée au-dessus de l’orifice supérieur qui la stupéfie par la matière fétide qu’il secrète. Aspiré par mille endroits à la fois, il ne reste bientôt plus qu’un objet informe, desséché qui est probablement rejeté au loin.

Le répé-tépé est friand de sang humain, malheur à l’imprudent qui passe trop près de lui. Quand il sent l’homme, il laisse tous les scions pendre, inertes sur ses flancs rebondis. Dès que celui-ci passe, sans méfiance, tous les serpents le cinglent en l’emprisonnant. S’en est fait du malheureux : transporté dans le tronc, il n’en sortira plus qu’à l’état de complet dessèchement.

Autrefois, les Indigènes offraient des sacrifices humains, au répé-tépé. Les hommes condamnés pour une cause quelconque ou tout simplement désignés dans ce but étaient jetés en pâture à l’arbre anthropophage qui les dévorait avec avidité.

Voici d’après un chroniqueur qui paraît bien informé, comment on procédait à ces cérémonies barbares : La victime maintenue par deux gardiens et précédée des ombiasses était processionnellement conduite à l’arbre sacré, la foule suivait en chantant et en dansant. Arrivés au but, pendant que les prêtres faisaient des évocations et que la foule continuait à hurler, les deux gardiens enlevaient la victime et la plaçaient, au haut de l’arbre. Immédiatement, les scions l’enveloppaient, la tête était envahie, les bras étaient fixés le long du corps, les jambes étroitement enlacées. On entend le bruit des ventouses qui suçaient le sang. Le malheureux sacrifié se raidissait, il faisait des efforts inouïs pour secouer ces liens horribles, mais le sang sortait de toutes parts, presque de tous les pores. Alors les grandes feuilles s’abattaient sur lui et dans une formidable étreinte broyaient les os, dont le craquement faisait un bruit sinistre. »

P.S. Notes de Pierre BOITEAU

Le drosera malgache, Drosera madagascariensis (Droseraceae) est une toute petite plante poussant dans les tourbières. On l’appelle mahatanando. Il peut capturer les mouches, mais n’a jamais dévoré d’êtres humains et pour cause ! !

L’incroyable mélange que fait ici notre « civilisateur » montre de façon caractéristique combien sa connaissance de la nature est inférieure à celle du plus humble paysan malgache.

Fleurs femelles et mâles :

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