Île Rouge
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20) Annexe : Le Sisal

Le SISAL

Par Ch. ROLLOT

Revue de Madagascar
N° 14 - avril 1936 p. 7

Les agaves forment des peuplements naturels dans la plus grande étendue de Madagascar. Leurs feuilles qui atteignent parfois la grandeur d’un homme, montent une garde impressionnante le long des chemins sablonneux de l’Androy. Les fibres sont utilisées par les Malgaches pour les cordages et la sparterie. Le fourcroya a donné lieu à des plantations. On en a même exporté autrefois, aussi bien de la Grande-Île que des Mascareignes. Mais le rendement du sisal qui est très supérieur (3 à 3, 50 %, contre 2, 75), l’a fait préférer au fourcroya par les planteurs et le commerce mondial. Actuellement, la fibre de sisal tient dans la production tropicale une place importante. Sa grande résistance et son imputrescibilité la font rechercher pour la confection des cordages de la marine. Les ficelles des moissonneuses en absorbent chaque année de grosses quantités et elle a beaucoup d’autres emplois.

Le Mexique, dont le sisal est originaire comme tant de plantes barbelées et étranges, eut longtemps le monopole de sa production. Les plantations s’étendant par la suite à l’Amérique-centrale. Vers la fin du siècle dernier le sisal gagna le Continent africain et les territoires britanniques de l’Afrique-orientale qui en produisent actuellement plus de 100.000 tonnes chaque année.

À Madagascar, les premiers essais eurent lieu aux Comores et un peu plus tard dans les régions de Diégo-Suarez, Tuléar et Fort-Dauphin. Quelques tentatives furent faites sur la Côte-orientale. Mais les caféiers dans cette zone accaparent les rares terrains plats. Quant aux collines latéritiques à forte pente qui constituent la plus grande étendue de la Côte-est, elles sont, outre leur faible richesse, d’une exploitation trop onéreuse pour un produit à faible rendement, dont le traitement comporte le transport d’une masse encombrante de matière brute, depuis le champ jusqu’à l’usine. L’exiguïté des terrains favorables limite également l’extension de cette culture aux Comores.

Sur la Côte-ouest, les sisaleraies établies avec des plants importés de l’Est Africain débutèrent modestement. Elles se sont étendues peu à peu à mesure que les premières plantes fournissaient drageons et bulbilles pour la multiplication. La production est passée de 255 tonnes, en 1932, à près de 1500 tonnes l’année dernière (1935).

Les agaves étant originaires de pays secs, où ils croissent souvent en sol rocailleux, on avait admis tout d’abord que le sisal pouvait être cultivé avantageusement dans ces conditions de misère. On a dû reconnaître que c’était là une erreur. Sans-doute la plante supporte sans dommage de longues sécheresses et s’accommode du sol médiocre. Mais en ce cas, elle végète : Ses feuilles restent peu nombreuses, faiblement développées, elles ne donnent que des fibres courtes, peu appréciées et d’un prix de revient trop élevé. Les résultats sont bien meilleurs en terre fertile.

Les alluvions légères, riches, profondes, sont les terrains les plus propices à condition qu’il n’y ait pas excès d’eau. Les feuilles abondantes atteignent souvent près de deux mètres et l’on obtient au défibrage, un textile long de belle qualité.

Madagascar dispose de vastes étendues propices au sisal, sur tout le versant occidental en particulier, les grandes plaines alluvionnaires et les deltas dans les parties situées au-dessus des inondations. Les plateaux calcaires du jurassique sont également favorables dans tous les points, où l’évacuation sur le port d’embarquement n’est pas trop onéreuse.

Pour créer une sisaleraie, on utilise les drageons issus des plantes âgées ou les bulbilles fournies abondamment par les hampes florales. Les premiers ont l’avantage appréciable au début d’atteindre plus rapidement une taille suffisante, pour la mise en place. Au contraire, les jeunes plants provenant des tiges doivent séjourner deux ans en pépinière. Mais leur entretien se fait sans grands frais et l’on peut ainsi se procurer facilement des exemplaires sains et vigoureux, avec toutes garanties d’une bonne réussite. Les bulbilles plus nombreuses d’ailleurs sont donc préférables.

Le défrichement du terrain, portant sur de grandes surfaces, est de beaucoup la tache la plus absorbante du planteur au commencement de son installation. Le labour qui devrait le compléter, est souvent négligé, surtout lorsqu’il comporte en plus du dessouchage, l’enlèvement de toutes les grosses racines pouvant arrêter la charrue. Son utilité est cependant incontestable. Les sisals atteignent en terrain labouré une rapidité de croissance, qu’ils n’ont jamais sur simple défrichement. La dépense initiale plus élevée se trouve largement compensée ensuite, par la possibilité des récoltes plus hâtives, des rendements meilleurs et la facilité de l’entretien par des instruments attelés.

La récolte commence généralement la 4ème année. On coupe toutes les feuilles de la base, en conservant pour l’année suivante celles du centre, trop jeunes pour donner des fibres résistantes. La récolte liée en paquets est portée en bordure des chemins d’exploitation et chargée sur des charrettes et des wagonnets ou des camions, pour être amenée à l’usine.

La coupe se fait pendant la saison sèche, plus favorable que les périodes pluvieuses, au bon et rapide séchage des fibres. La période de préparation est donc relativement courte et l’usine doit pouvoir traiter toutes les feuilles, le jour de leur arrivée ou le lendemain, sans quoi le soleil les dessécherait et elles ne pourraient plus être à défibrées dans de bonnes conditions.

Les pieds de sisal fournissent des feuilles pendant 5 à 7 ans, puis ils meurent après avoir fleuri. La disparition s’échelonne d’ailleurs sur deux ans environ. Un domaine bien conçu doit chaque année créer une nouvelle parcelle d’étendue égale à celle des plantes qui sont à leur 4ème année de coupe. On a ainsi constamment la même surface à exploiter. À défaut de terres vierges, pour chaque renouvellement, on utilise les parcelles qui ont déjà porté des sisals en prenant la précaution d’intercaler les nouvelles plantes, entre les anciennes rangées.

Le sisal est une plante rustique, peu attaquée des insectes et résistante, quelques maladies ont bien été signalées, mais sans causer jusqu’à présent des dommages appréciables.

Les fibres de sisal de Madagascar sont exportées en totalité à destination de la France. Elles ne le cèdent aux meilleures sortes, ni en résistance, ni en souplesse. Les expertises les classent dans la très bonne qualité et ce classement est confirmé par les prix de vente.

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