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26) Annexe : Les Tourbières

LES TOURBIÈRES DES ENVIRONS DE BETAFO

Pierre BOITEAU

Les tourbières ne sont pas rares sur les Hauts-Plateaux. Elles occupent toujours des dépressions marécageuses où les débris végétaux s’accumulent et subissent une fermentation particulière qui produit la tourbe. Les mousses sont de tous les végétaux, ceux qui participent le plus souvent à la formation de la tourbe.

Certaines d’entre-elles :
Les sphaignes et les hypnum affectionnent particulièrement ces lieux marécageux et ont d’autre part, la curieuse propriété de mourir par le bas au fur et à mesure qu’elles poussent par le haut. Elles sont accompagnées le plus souvent de plantes des marais, telles que Cypéracées : zozoro, herana, etc.

Autour de Tananarive, de nombreuses tourbières sont exploitées et fournissent le combustible nécessaire à la cuisson des briques. Presque tous les édifices de notre capitale, même les plus orgueilleux doivent donc leur existence à ces modestes plantes que sont les mousses.

Mais les tourbières les plus intéressantes, pour les incomparables richesses scientifiques qu’elles ont livrées, sont incontestablement celles des environs de Betafo, dans le Vakinankaratra. Elles présentent généralement le profil suivant :

1°) À la base, une couche plus ou moins importante de tourbe compacte, renfermant peu d’éléments végétaux reconnaissables, hormis les pollens bien conservés qui permettent d’affirmer que de grands arbres forestiers entouraient à une époque très reculée des tourbières.

2°) Cette couche renferme aussi et parfois en quantités énormes, des ossements d’animaux qui habitaient Madagascar à cette époque et ont aujourd’hui disparus :
- Grands lémuriens
- Oiseaux géants, tels que les Aepyornis
- Hippopotames nains, etc. Tous ces animaux étaient essentiellement forestiers, ce qui prouve bien que la forêt couvrait depuis la plus haute antiquité les territoires environnant ces marais.

3°) La couche de tourbe uniforme est surmontée de débris végétaux abondants, charriés par une crue subite des eaux. Ces débris parfaitement identifiables se rapportent à des palmiers, à des bambous-lianes, à des arbres forestiers qui ont totalement disparu des environs, dans un rayon d’au moins 100 kilomètres.

4°) Le sommet est occupé par une couche de débris calcinés, plus ou moins importante, dans laquelle les ossements d’animaux ont disparu.

5°) Enfin, des limons se sont entassés, arrêtant ainsi la croissance de la tourbière.

Essayons de retracer, à la lumière des belles recherches dues surtout à PERRIER de la BÂTHIE et à LAMBERTON, l’histoire de ces tourbières :
- La première période homogène et sans histoire se rapporte à la période reculée, où la forêt primitive couvrait les collines des environs de Betafo. Dans cette forêt, basse mais épaisse, d’un type aujourd’hui presque anéanti, se trouvaient certainement d’innombrables richesses botaniques. Elle était habitée par toute une faune curieuse qui y prenait en paix ses ébats.
- Mais un jour, des hommes débarquèrent par une de nos côtes, amenés comme tant de graines et de débris divers par les grands courants équatoriaux. Ils se trouvèrent d’amblée plongés dans un milieu hostile :
- Climat malsain
- Hommes déjà installés qui leur livrèrent la guerre. Que faire ? Reprendre la mer ? Il ne fallait point y songer, les frêles esquifs qui les avaient apportés n’ayant aucune chance de remonter contre les courants.
- Alors, ils s’enfonçèrent dans la grande forêt, gagnant les hauteurs de l’Ile. Là, la végétation était plus claire, beaucoup d’arbres perdaient leurs feuilles à la saison sèche. Ces hommes s’empressèrent d’y mettre le feu, pour faire quelques cultures et surveiller plus facilement l’arrivée d’ennemis éventuels. La forêt brûla par centaines et par milliers d’hectares. Le pays fut livré à l’érosion : Les rivières présentèrent tout-à-coup un régime torrentiel, les arbres arrachés des rives lors des crues formèrent d’énormes entassements. Les malheureux animaux qui avaient pu échapper à la main de l’homme périrent de faim, ne trouvant plus leurs arbres accoutumés.
- La prairie s’installait vite à l’emplacement de la forêt. A chaque saison sèche, elle alimentait l’incendie immense qui couvrait déjà presque tous les Hauts-Plateaux. Alors les derniers arbres survivants succombaient et leurs débris carbonisés s’entassaient au sommet de la tourbière. Et ce fut la fin : L’homme avait vaincu et détruit la forêt primitive.

Alors à chaque saison des pluies commençait la formidable érosion des terres : Les matériaux arrachés aux pentes se déversèrent dans les vallées et recouvrirent les tourbières d’une couche de plus en plus épaisse.

Telle est l’histoire des tourbières fossiles de Betafo, preuve la plus irréfutable de la sauvage destruction que l’homme fit subir aux richesses naturelles de ce beau pays.

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