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26) Annexe : Les champignons de Madagascar

LES CHAMPIGNONS DE MADAGASCAR

Gilbert BOURIQUET

La revue de Madagascar
N° 28 – janvier 1941 – p. 118

Les caractères de la flore cryptogamique malgache, comme ceux de la flore phanérogamique, sont nettement influencés par le climat. C’est dans la région orientale, au milieu de la forêt primitive, dans les végétations sablonneuses à pandanus du littoral et dans les sakova, que les champignons particuliers au pays ou de caractère tropical (Phalloïdées) semblent être le plus abondant. Sur le plateau central, on observe un endémisme moins marqué : Il existe un grand nombre de types européens, dont quelques-uns ont dû être introduits récemment, comme certains bolets et les morilles. Dans les régions de Tananarive et du Sud, dont le climat rappelle celui du bassin méditerranéen, puisque dans le Sud notamment, on retrouve la vigne, le figuier et le dattier, la présence du genre Terfezia, très commun en Afrique du Nord, a été signalée tout dernièrement.

On a répandu l’idée qu’il n’y a pas à Madagascar de champignons dangereux. Pourtant, il y a déjà d’enregistré des cas d’empoisonnements graves causés par des espèces vénéneuses, dont toutes ne sont certainement pas identifiées ou même décrites. Au surplus, il n’est pas impossible que des formes toxiques étrangères soient involontairement introduites, de sorte qu’en cette matière, on ne saurait être trop circonspect. On devra se souvenir que seuls les caractères botaniques renseignent d’une manière exacte, sur la comestibilité de ces végétaux et qu’en Europe, la plupart des accidents sont dus à des croyances mal fondées.

LES BOLETS OU CÈPES

Les bolets ou cèpes sont particulièrement abondants dans la Grande-Île, dans les petits peuplements de pins que l’on a créés sur les plateaux, aux environs de Tananarive (Nanisana) et d’Antsirabe. On trouve en quantité, pendant presque toute la saison des pluies, une petite espèce cylindrique, à chapeau marron et visqueux, le Boletus granulatus (Boletaceae), couramment consommé par les Européens. Ce champignon se révèle parfois un puissant laxatif. Il est démontré que cette cryptogame vit en symbiose avec certaines essences et notamment avec le Pinus sylvestris dont elle favorise la croissance.

Deux espèces de grande taille, figurant dans ce groupe : le Boletus colossus et le Boletus bouriqueti (Boletaceae) :
- Le premier possède un chapeau brun qui peut atteindre 60 centimètres de diamètre. Certains exemplaires pèsent plus de 6 kilogrammes. Il pousse dans les terres légères, sablonneuses, sous les caféiers, sur la Côte-est par exemple et sous les manguiers. Les Betsimisaraka le désignent sous le nom de ola-be et prétendent qu’il est fortement toxique. En réalité, il est indigeste et de mauvais goût.
- Le B. bouriqueti est aussi un très gros bolet, dont le poids peut dépasser 4 kilogrammes. Le chapeau marron se craquelle parfois profondément en tous sens, ce qui aboutit à la formation de prismes. Jusqu’à présent cette espèce comestible n’a été rencontrée qu’aux environs de Tananarive, au voisinage de bibaciers ou sous les zahana ou phyllarthron de Bojer.

LES LACTAIRES et RUSSULES

Les premiers lactaires de Madagascar ont été recueillis par Monsieur HEIM, lors d’une mission qu’il a effectuée dans l’Ile en 1934-1935. Parmi ces champignons qui paraissent localisés dans les régions humides de l’Est, on peut citer : Lactarius rubroviolaceus, L. pisciodorus, L. claricolor (Agaricaceae-Russulaceae).

L’aire des russules est vraisemblablement plus étendue :
- Aux environs de Tananarive, on trouve souvent à la saison des pluies, sous des eucalyptus : Russula madecassense (Russulaceae), à chapeau violet foncé, à pied ivoire, à chair crème dégageant une odeur fétide.
- Dans la partie orientale de l’Ile, près d’Antanambe, a été découverte une espèce comestible, voisine de la précédente : R. cyanoxantha (Russulaceae) qui est bien connue en France, sous le nom de « Russule charbonnière ou charbonnier ».
- Quelques types malgaches sont remarquables par la présence d’un anneau sur le pied, tel est le cas de R. radicans et R. annulata (Russulaceae).

LES AGARICS

À ce groupe appartiennent les champignons de couche ou de Paris, Agaricus ou Psalliota campestri ou bisporus (Agaricaceae), qu’il a été possible de cultiver ici à plusieurs reprises et notamment à la Station d’essais de Nasinana, par les même procédés qu’en Europe. Il est vrai, la culture assez délicate pourrait-être, propagée chez quelques maraîchers de la région de Tananarive.

Cette Psalliotte croît également à l’état sauvage :
- Ce serait l’olatany des Tanala
- L’olatrahonjo des Mérina
- Une espèce voisine l’Agricus silvicolus (Agaricaceae) se rencontre sur les plateaux, dans l’herbe ou dans les terrains cultivés. Elle semble particulièrement abondante dans la région d’Antsirabe. De couleur blanche, son chapeau porte de petites squames brunes, les lames sont roses chez les échantillons jeunes et deviennent noires chez les adultes.

Sur les résidus de distillation de feuilles de girofliers, de citronnelles, de géraniums rosat, sur les drêches de manioc, la pulpe provenant des cerises du caféier et sur les troncs abattus de baobabs, naît spontanément une Agariacée comestible, consommée par les Européens et les autochtones. Ces derniers la désignent sous le nom d’olabositra et de velo. C’est une volvaire, Volvaria volvacea (Agaricaceae), très répandue qui existe notamment en Europe, aux Indes-Néerlandaises, en Indochine et à la Réunion.
- Entourée dans son jeune âge d’une vulve noire-violacée, blanchâtre à sa base. Adulte, elle présente un chapeau d’environ dix centimètres de diamètre, brun au centre, grisâtre dans ses parties périphériques. Les lamelles sont blanc-rosé et le pied très clair, dépourvu d’anneau, est protégé par la volve persistante très développée et membraneuse.
- Depuis longtemps les Annamites cultivent d’une façon très rudimentaire ce comestible qu’ils apprécient fort et qu’ils appellent le « champignon des pailles » Ils préparent à cette fin des meules de tiges sèches ou de balle de riz, dont ils entretiennent par des arrosages répétés l’humidité, lorsque les pluies font défaut.
- Il y a peu de temps en Insulinde, le docteur MULLER, l’imminent phytopathologiste de Buitenzorg, a perfectionné cette culture pratiquée dès 1932 à Java et à Sumatra. Du mycélium sélectionné permet une végétation active, une récolte précoce et abondante. Le « blanc » préparé en laboratoire, selon une méthode qu’il a bien voulu indiquer, est largement distribué à des champignonnistes européens et indigènes. Le V. volvacea dont la production est déjà importante, figure fréquemment sur les menus des meilleurs hôtels de Batavia à la place des champignons de Paris. À Madagascar où les conditions sont éminemment favorables à une semblable entreprise, on verra sans doute un jour sur les marchés des villes ces agarics au goût excellent.

LES LÉPIOTES OU COULEMELLES

Parmi les lépiotes, on cite une espèce comestible : le Leucoprinus mollydittes, l’olatranambo des Tanala et une forme toxique : Hiatutula cf. Badhami. Leucoprinus molybdites (Agaricaceae) possède un chapeau blanchâtre de 8 à 15 centimètres de diamètre, couvert de squames brun-rouge. Le pied est blanchâtre et violacé à la base. Sa chair devient rouge-vineux. Il porte un anneau double. On trouve cette espèce qui aurait provoqué des intoxications sérieuses à Sainte-Marie, dans les terres fertiles et sur les anciens résidus de distillation de feuilles de girofliers.

Enfin, on relève dans le Sud-ouest la présence d’une variété voisine : Lepiota procera (Agaricaceae), espèce comestible d’Europe : Le Lepiota procera var. veso, champignon à long pied cylindrique, pourvu d’un anneau très net qui croît à terre dans les dunes.

LES AMANITES

Les amanites sont caractérisées par l’existence à peu près constante d’une volve, d’un anneau et de lames recouvertes de spores blanches. C’est à ce groupe qu’appartiennent les champignons dangereux d’Europe, notamment l’amanite phalloïde, Amanita phalloïdes (Agaricaceae) qui est mortelle.
- Aux alentours de Tananarive, on rencontre fréquemment pendant la saison des pluies et le plus souvent au voisinage des eucalyptus, une grosse amanite dont le chapeau est recouvert d’un enduit farineux, blanc jaunâtre : C’est l’Amanita solitaria (Agaricaceae).
- Dans la même région, il existe une forme non identifiée qui ressemble beaucoup à l’Amanita phalloïdes var. verna (Agaricaceae), de l’amanite phalloïde. Cette espèce est blanche et le dessus de son chapeau verdâtre. Elle dégage une odeur désagréable.
- Dans les pays Tanala et Betsimisaraka, les Indigènes désignent sous le nom d’olatainomby, une amanite qu’ils disent très toxique : C’est l’Amanita tainomby dont le chapeau, de 3 à 7 centimètres de diamètre, est d’abord convexe et de couleur gris-souris foncé. Elle apparaît au voisinage d’excréments de bovidés.

LES CHANTERELLES OU GIROLLES

Madagascar connaît plusieurs sortes de chanterelles :
- Le Cantharellus cibarius (Agaricaceae) ou chanterelle orangée, bien connue des Européens.
- Le Cantharellus madagascarensis (Agaricaceae), de même couleur.
-  Le Cantharellus avelaneus (Agaricaceae), de teinte brune, etc.

LES MORILLES

Des morilles ont été trouvées en 1921, aux environs d’Antsirabe, non loin du lac Andraikiba, au pied d’un mimosa. On les a identifiées sans certitude à Morchella conica. En réalité, il s’agissait sans doute de Morchella intermedia, comestible, très voisin qui existe en abondance près du lac Itasy, sous des bibaciers ou des pruniers sauvages. Les habitants de la région les dédaignent et laissent les porcs s’en nourrir. Ces champignons semblent affectionner tout particulièrement l’humus formé par la décomposition des fruits de bibaciers. D’ailleurs pour leur culture qui est possible, l’emploi du marc de pomme est recommandé. L’introduction de la morille de l’Itasy a été tentée à la Station agricole de Nasinana.

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