Île Rouge
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27) Annexe : La symbiose lichénique

LA SYMBIOSE LICHÉNIQUE

Fernand MOREAU

Exposition internationale, Paris 1937
Symbiose et parasitisme
Palais de la découverte – page 69.

L’exemple le plus couramment cité de vie en commun de deux organismes, l’exemple classique de symbiose est offert par les lichens.

Ce sont des végétaux modestes qui passent souvent inaperçus du promeneur qui ne regarde, que d’une manière rapide les écorces des arbres et la surface des rochers sur lesquels ils croissent en mélange avec des mousses. Leur importance est considérable cependant.

De larges surfaces du tronc des vieux arbres, des parois rocheuses étendues, sont parfois entièrement couvertes par eux, à tel point qu’ils empêchent de voir l’arbre et le rocher dont la surface paraît uniformément grise ou maculée de couleurs variées, vert, bleuâtre, jaune, orangé, due aux lichens qu’elle supporte.

Ces plantes ont été longtemps considérées comme des végétaux simples, comme le sont les algues et les mousses. On sait aujourd’hui que ce sont de végétaux doubles, deux plantes entrent dans leur constitution :
- une algue
- et un champignon.

Qu’on vienne en effet, à rayer du bout de la canne, l’un des lichens blanchâtres ou grisâtres qui s’étendent largement sur les rochers, l’intérieur du lichen mis à nu apparaîtra vert.

Le microscope montre, que les éléments verts sont des cellules semblables à des algues, rappellant de très près les algues qui constituent un enduit vert à la surface des arbres et des murs humides. On les appelle les gonidies : Ce sont de véritables algues, l’un des constituants des lichens.

Pour se rendre compte aisément de l’existence du second constituant des lichens, il suffit de chercher à leur surface de petits organes arrondis, souvent en forme de cupules, de 1 à 2 millimètres de diamètre, parfois un peu plus, généralement appliqués sur le lichen. Ces soucoupes minuscules sont des périthèces. Elles ressemblent aux coupes qui sont les organes reproducteurs des champignons du genre pézize et le microscope montre, qu’elles ont la même constitution qu’elles. Elles forment sur leur face concave des asques producteurs, en principe chacun de 8 spores, tout comme chez une pézize et en général chez un champignon Ascomycète.

Et voilà révélé par une observation rapide la nature double des lichens. Bien entendu, ce n’est qu’à la suite de longues recherches et de controverses ardentes, que cette notion de la dualité des lichens a pu se substituer à la conception ancienne.

Au nom de NYLANDER qui fut le chef redouté de l’école conservatrice, s’opposent ceux :
- De, de BARY, le précurseur de l’idée nouvelle
- De SCHWENDENER, le véritable fondateur de la doctrine de la nature double des lichens.
- De DANGEARD, BORNET et BONNIER qui s’en firent les défenseurs.

L’algue et le champignon associés dans un même lichen constituent un organisme nouveau, vivant d’une vie nouvelle et capable de se développer dans des conditions où l’algue et le champignon isolés mourraient.
- Leur symbiose est étroite et durable : Elle est parfois continue et c’est le cas des lichens qui répandent à leur surface une poussière de petits éléments, appelés sorédies, comprenant chacun quelques cellules d’algue et quelques filaments de champignon.
- La symbiose est au contraire discontinue quand la reproduction se fait par le moyen des spores nées dans les asques. Le jeune filament issu de la germination de la spore doit alors trouver auprès de lui une algue symbiote convenable, afin que se créé un nouveau complexe symbiotique.

La décomposition d’un lichen en ses deux éléments, algue et champignon, la reconstitution d’un lichen nouveau par le rapprochement d’une algue et d’un champignon ne sont pas des vues de l’esprit. On a expérimentalement effectué :
- L’analyse des lichens
- Réalisé la culture pure des algues et celle des champignons
- Enfin, la synthèse des lichens par la mise en présence de leurs deux constituants.

Les noms de BONNER, CHODAT, WERNER demeurent attachés à ces recherches.

On s’est inquiété des rapports, que contactent l’algue et le champignon, unis dans le même lichen :
- Souvent les filaments du champignon se ramifient autour des cellules de l’algue, qu’ils entourent de leurs digitations et qu’ils pénètrent parfois comme le ferait un parasite à l’égard d’une cellule nourricière. Dans ce cas, il apparaît que le champignon est un parasite de l’algue : On parle alors de symbiose antagonistique au profit du champignon. Il en est sans doute ainsi, lorsqu’un lichen croît sur une roche inhospitalière, une tuile, une ardoise, mieux encore, sur un bloc de quartz ou un morceau de verre.
- Par ailleurs, il apparaît au contraire que c’est l’algue qui vit en parasite aux dépends du champignon. Par exemple, dans le cas des lichens qui croissent sur les matières organiques, écorces pourrissantes ou guano : On parle alors de symbiose antagonistique au profit de l’algue.
- On a cru également à une association à bénéfices réciproques et dans ce cas : C’est de symbiose mutualistique qu’il s’agit.
- Souvent, quand deux organismes sont en présence, l’un d’eux exerce sur l’autre une influence déformante : On parle alors de biomorphogénèse (MOREAU)
- - Beaucoup de parasites sont ainsi les fondateurs de galles, de cécidies variées, d’une manière générale de biomorphoses.
- - Les organes que les anciens Lichénologues désignaient sous le nom de céphalodies sont des biomorphoses provoquées chez un lichen, par une algue étrangère à celle qui lui est ordinairement associée. Ainsi la surface du thalle d’un Peltidea aphtosa qui est un lichen à algue verte, se montre parsemée de petits disques qui sont des lichens minuscules, formés par le champignon du Peltidea aphtosa est une algue bleue. C’est cette dernière qui a provoqué la formation d’une céphalodie assez grande pour être vue à l’œil nu et qui a la valeur d’un lichen nouveau.
- - La formation d’un lichen est ainsi comparable à un acte de parasitisme, le parasitisme déformant : C’est un champignon déformé par une algue. L’algue cause chez le champignon une maladie chronique, pratiquement nécessaire et déformante.

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