Île Rouge
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18) Annexe : Le riz

Le RIZ

Par Léon KRAFFT

Revue de Madagascar
N° 2 - avril 1933 - page 9

Le riz est inséparable de la vie malgache. Excepté quelques tribus de l’extrême Sud de la Grande-Île, tous les Malgaches font du riz leur aliment essentiel. Tous plantent du riz ou voudraient en planter. Les durs travaux de la rizière ne sont jamais pénibles et sont effectués dans la joie. Tous les gestes de la production du riz appartiennent à la tradition : Ils ont été transmis par les ancêtres et n’ont pas été modifiés depuis des siècles.

C’est sans doute aux arabes qui les premiers visitèrent les côtes de Madagascar [1], que l’on doit l’introduction du riz. Tristan da CUNHA en avait trouvé près des rives de la baie Mahajamba, vers 1506. FLACOURT qui vécut à Fort-Dauphin, vers le milieu du XVlle siècle, a rapporté dans ses mémoires des notes de culture et des noms de variétés de riz dont tous les termes sont valables encore de nos jours pour la basse région de l’Est de l’île, où les méthodes de culture et les qualités cultivées sont encore celles qu’avait observées FLACOURT.

Les autochtones que purent joindre les Arabes et qui recueillirent les premières semences, les cultivèrent de façon sommaire. Madagascar était couvert d’une sylve épaisse dans laquelle à l’aide du feu, ils pratiquèrent des clairières. Sur les cendres de la forêt, ils semèrent le riz : avec un bâton, ils ouvraient des trous dans le sol et y jetaient quelques grains, qu’ils couvraient d’un peu de terre poussée du pied. Cette méthode sommaire s’est perpétuée. C’est la culture sur tavy qui de nos jours est encore en honneur chez les populations du Betsimisaraka et du Tanala et contre l’usage de laquelle le Gouvernement lutte à grand-peine. C’est cette méthode simpliste qui a ravagé la grande forêt et contribué à la création des vastes espaces dénudés qui occupent le Centre de Madagascar.

Plus près de nous, des asiatiques, malais sans doute, portés par les courants et les vents de l’Océan indien, abordèrent dans la Grande-Île. Pourchassés par les autochtones, ils se réfugièrent dans les régions hautes et s’y fixèrent. Ils y apportèrent leur science de la parfaite utilisation de l’eau d’irrigation. Comme en Malaisie, en Extrême-Orient, ils taillèrent dans les collines de 1’Imerina et du Betsileo des terrasses, véritables escaliers de géants, au long desquels l’eau est utilisée de la meilleure façon. Après des siècles de culture, aujourd’hui encore, sur ces rizières étalées, on récolte du riz.

En ce sol pauvre, sous ces climats secs, il fallait beaucoup d’ingéniosité et de travail pour défendre la plante des rigueurs de la nature. Le riz est dès la récolte semé dru sur des parcelles de sol riche et frais. Le grain lève rapidement. Les plantules trop serrées se gênent bientôt, s’étouffent à demi, puis vivent au ralenti jusqu’au début de la saison chaude. Les femmes viennent alors arracher le plant et le rassembler en bottillons pour le transporter dans la rizière.

Celle-ci parfaitement nivelée a été préparée durant les mois froids et secs. Deux à deux les hommes ont soulevé le sol, en grosses mottes qu’ils font basculer avec peine. En août, l’eau a été amenée dans la rizière et l’a submergée. Les mottes se sont délitées. Les bœufs sont venus parfaire le travail. Excités par des cris, ils ont couru en tous sens et piétiné la boue liquide, où les femmes viennent plonger les plants.

Très vite, le riz s’enracine. La plaine verdoie, telle une pelouse vigoureuse. Plusieurs fois, les femmes visitent la rizière pour en extirper les mauvaises herbes. Les épis apparaissent au sommet des tiges molles, inflorescences qui se courbent peu à peu sous le poids des grains. Le Malgache redouble de vigilance, pour écarter de son trésor les oiseaux, les bœufs qui pilleraient la récolte, pour vérifier le bon état des digues, le correct niveau de l’eau.

Puis sous le soleil, les épis mûrissent. On moissonne. Les javelles portées sur l’aire sont battues sur un billot de bois ou un bloc de pierre, pour détacher le grain qu’on laisse sécher lentement. Le riz est enfin rentré aux villages, où chaque jour pour le repas, les femmes le pilent pour le décortiquer.

La qualité de ce grain convenait pour l’alimentation de la famille du village. Au marché le plus voisin, on vendait ce que l’on ne pouvait consommer. Ce riz trouvait des débouchés extérieurs dans les Mascareignes, en France même. On put ainsi, en 1924, exporter 80.000 tonnes. Mais lorsque les difficultés économiques restreignirent les débouchés, le riz malgache à péricarpe rouge, à grain opaque, offert en mélange de formes et de variétés fut déprécié sur les marchés extérieurs. Il fallut souscrire aux exigences des acheteurs qui réclamaient une meilleure qualité. Les cours s’abaissant chaque jour un peu plus, Madagascar située à 10.000 kilomètres de la Métropole dut renoncer à l’espoir de lui vendre des riz de qualité ordinaire. On s’efforça dès lors, de produire des riz de luxe, de prix suffisamment élevé, pour rembourser les frais du long transport et rémunérer le producteur.

On trouva dans le pays la variété qui répondait aux exigences de la nouvelle orientation de la production. La variété dite vary lava, à grains longs, très gros, durs, parfaitement translucides, que l’on cultivait dans quelques rizières du Betsimitatatra, de Soavina, de Betafo, offrait tous les mérites requis. En France, il fut avantageusement comparé aux plus belles qualités que fournissaient Java, l’Inde, la Thaïlande.

Aussi, ce fut à la production et à l’exportation du vary lava que se consacra l’activité des cultivateurs, des usiniers, des commerçants, des services techniques de la Colonie.

On conduisait les cultivateurs à rechercher la pureté de leurs récoltes. Le vary lava planté sur des sols imprégnés de semences des riz, que l’on y cultivait depuis des siècles, s’améliore chaque année un peu plus. Les paysans malgaches trient leurs récoltes épi par épi, pour en extraire ceux qui portant des grains rouges déprécieraient le lot à l’usine. Mais pour produire avantageusement, il a fallu faire plus encore. Les cultivateurs ont dû modifier la méthode culturale des ancêtres. La charrue qui travaille plus correctement et surtout beaucoup plus vite a remplacé la bêche malgache. Au piétinement qui épuisait les bœufs, la herse s’est substituée. Le Service de l’Agriculture a dû tout d’abord, préparer les planteurs au dressage des bœufs de trait, puis à la manœuvre des nouveaux outils aratoires. La Colonie a acquis des milliers de machines, des modèles plus simples qu’elle a rétrocédé aux cultivateurs, au juste prix de revient. Enfin pour améliorer le volume du grain et le rendement à l’hectare, le Malgache a dû apprendre le rôle et les circonstances d’emploi des fumures.

Les usiniers dont le matériel ne permettait pas la minutieuse préparation des qualités de choix s’équipèrent pour traiter les riz de luxe, les polir et surtout les classer de façon impeccable. On imagina des machines à trier pour séparer rapidement et à peu de frais les quelques grains opaques qui déparaient les lots. Dans le règlement de la standardisation qui a déterminé les caractères du conditionnement des produits destinés à l’exportation, on fit figurer des types se rapportant exclusivement au vary lava.

Les premiers résultats obtenus ont été concluants. Madagascar est parvenue à livrer des riz de très grande classe qui ont pu primer les « Blue-rosé américains et le Java-géant »

Notes

[1] Ce sont les Malgaches qui ont introduit le riz à leur arrivée vers 600 ans après Jesus Christ. Ce fait est démontré par les carrottages étudiés par Straka.

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