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11) Annexe : Les bois et les fruits des Bignoniacées de Madagascar

Les bois et les fruits des Bignoniacées de Madagascar

par PERRIER de la BÂTHIE

Extrait de la Revue de Botanique appliquée
N° 183 - 1936 - 16ème année

La famille des Bignoniacées est représentée par cinquante-quatre espèces à Madagascar. Beaucoup de ces plantes sont de grands arbustes, mais vingt-deux sont ou deviennent de beaux arbres, fournissant des bois intéressants par leur dureté ou leur beauté et un grand nombre d’entre-elles ont des fruits comestibles, parfois même délicieux.

Par suite, il nous a paru nécessaire de réunir ici quelques données d’ordre pratique sur ces espèces utiles, dont plusieurs mériteraient d’être cultivées, propagées ou conservées et le seraient, si elles ne croissaient pas dans un pays arriéré où les questions agricoles et forestières, dont dépend pourtant l’avenir de la Colonie, n’intéressent personne, lorsqu’on ne peut en espérer des résultats immédiats.

Ces Bignoniacées appartiennent :
- Les unes (14) à la tribu des Técomées
- Les autres (40) à la tribu des Crescentiées.

Les Técomées ont des fruits secs et déhiscents et n’ont par la suite d’intérêt que pour leur bois :

- Seules ces plantes atteignent les dimensions d’un très bel arbre : Kigelianthe coccinea et huit Stereospernum.
- Du Kigelianthe, qui est une espèce rare et sporadique, dont le bois est très dur et très beau.
- Ainsi, que des quatre Stereospernum, dont le bois est vraisemblablement identique, à celui de leurs congénères, nous ne dirons rien ici, parce que ces arbres sont peu répandus et très incomplètement connus.

Il ne sera donc question dans ce texte que des quatre Stereospernum qui sont des essences beaucoup plus communes et par suite, exploitables, dont les noms suivent :
- Stereospernum euphorioides
- Stereospernum variabile
- Stereospernum arcuatum
- Stereospernum undatum.

Ces quatre Stereospernum connus des indigènes et des forestiers qui les confondent sous les noms de mangarahara, fangalitra et mahafangalitra sont de beaux arbres, atteignant 20 à 30 mètres de hauteur dans les forêts :
- Mais ils sont souvent rabougris ou de taille plus petite dans les savanes, où ils résistent plus ou moins aux feux de brousse, avec d’ailleurs des troncs rongés par les flammes, ce qui rend les exemplaires des lieux découverts inutilisables.
- Par contre, ces arbres dans les forêts ont des troncs très droits, lisses, à l’écorce d’un gris brunâtre, pour le Stereospernum euphorioides et d’un gris-cendré maculé de larges taches blanches (plaque de rhytidome caduc), pour les trois autres espèces.
- Leur bois à aubier réduit et à duramen teinté de violet, ressemble à certains palissandres. Il est d’une dureté telle, qu’il résiste à la hache des indigènes qui refusent souvent pour cela de les abattre. Il est résistant au tire-point, non attaqué par les termites, imputrescible, ce bois ferait évidemment d’excellentes traverses de voies-ferrées.
- Mais, comme toutes les autres essences forestières de Madagascar, ces arbres ne se présentent jamais en peuplements denses, mais seulement par pieds isolés, ce qui réduit à presque rien leurs possibilités d’exploitation.

Aussi est-ce surtout, comme essence de reboisement qu’ils présentent un intérêt :
- Il est vrai, leur croissance est lente mais leurs graines sont très abondantes et leur multiplication facile.
- Ils se contentent des plus mauvais terrains et seuls sont capables de donner un peu de valeur aux immenses plateaux semi-désertiques, inutilisables de toute autre manière, du versant occidental de la Grande-Île.
- Semés en peuplements denses, ils pourraient constituer ainsi des futaies pures, d’une seule essence, sorte de forêt manquant encore totalement à Madagascar et dont le besoin se fera de plus en plus sentir.

Ces quatre Stereospernum ne conviennent d’ailleurs pas aux mêmes-sols :
- Le Stereospernum euphorioides appelé plus souvent que les autres mangarahara, dont l’aire s’étend sur le versant occidental, entre la presqu’île d’Ampasimena et la Tsiribihina, préfère les sols sablonneux et latéritiques, si étendus dans cette région.
- Le Stereospernum variabile qui remplace le précédent, entre la Tsiribihina et l’Onilahy, vit à peu près sur les mêmes sols, mais sous un climat plus sec.
- Quant au Stereospernum arcuatum et au Stereospernum undatum tous deux diffèrent des précédents, par leur bois encore plus dur et leurs fruits plus grêles. Quant au premier, ses fruits sont courts et arqués et pour le second, ceux-ci sont allongés et tordus. Ces deux espèces d’arbres occupent tout le domaine situé au Nord de l’Onilahy, mais ils sont cantonnés presque exclusivement sur les terrains calcaires.

Il nous reste à signaler parmi les Técomées, comme intéressant au point de vue ornemental, le Kigelianthe madagascariensis qui est un petit arbre ou arbuste à grandes fleurs pourpres, très répandu et qui croît jusqu’à 1.400 mètres d’altitude. Il serait sans doute possible de l’acclimater sur la Côte d’Azur.

Parmi les Crescentiées, il n’existe de grands arbres à bois utilisables que parmi les Rhodocolea et les Phyllarthron :
- Quatre Phyllarthron connus à Madagascar sous le nom de zahana atteignent la taille d’un bel arbre :
- Phyllarthron madagascariensis
- Phyllarthron ilicifolium
- Phyllarthron articulatum
- Phyllarthron multiflorum
- Le bois de ces quatre espèces, à duramen dur et bien veiné, aurait certes une grande valeur, si ces essences étaient plus répandues.
- Le bois de toutes les espèces du genre est d’ailleurs remarquable par sa ténacité.
- Il était très recherché jadis par les Indigènes qui s’en servaient pour faire les manches de leurs sagaies, l’arme préférée des Malgaches. La dureté de ces manches avait frappé FLACOURT et POIVRE et c’est à cette circonstance, que nous devons les premiers spécimens du genre qui soient parvenus en France.

Mais les bois des Rhodocolea, au point de vue ébénisterie tout du moins, ont bien plus d’intérêt, car ils fournissent « l’ébène vert », bois dont l’origine était restée jusqu’à présent fort énigmatique :
- Ce bois très dur, très beau, vert avec des reflets dorés, est produit par le Rhodocolea racemosa, mais seulement quand cette espèce, que l’on trouve assez communément sur la Côte orientale, sous une forme arbustive, atteint la taille d’un grand arbre, ce qui n’advient que dans les forêts denses de l’intérieur.
- Le Rhodocolea telfairiae est plus commun et toujours arborescent. Il a un bois de coloration analogue, mais bien moins beau. Celui des autres Rhodocolea n’est pas connu.

Tous les fruits de ces Crescentiées sont charnus et plus ou moins sucrés, et comme tels, recherchés par une multitude d’animaux et d’insectes, et tout au moins certains d’entre eux, par l’homme lui-même :
- La plupart sont d’ailleurs assez insipides, mais l’un d’eux, le fruit du Phylloctenium bernieri (Baillon) qui se présente à maturité comme une très longue gousse de vanille, noire et de la grosseur du doigt, se place tout à fait hors de pair.
- Ce fruit que les habitants de l’Ambogo appellent voan-sakalava (le fruit sakalava) est réellement délicieux, mais pas toujours, car il varie beaucoup de saveur et de parfum.
- Cette sorte de variation fréquente, chez tous les fruits sauvages, indique de très grandes possibilités de sélection et d’amélioration.
- Cette plante, par son habitat dans une région déshéritée, sa croissance sur les sols les plus arides et les plus ingrats, son port de prunier épineux, ses jolies fleurs et la saveur de ses longues baies pendantes, est digne en tous points d’intérêt et nous avons toujours regretté de n’avoir pu essayer sa culture, la sélection de ses meilleures formes et leur multiplication.

Ces Crescentiées en plus des espèces intéressantes par leur bois ou leurs fruits, comprennent un grand nombre de plantes très ornementales :
- Le Phyllarthron au feuillage si curieux,
- le Rhodocolea à grandes ombelles de fleurs pourpres,
- le Colea à port de grandes fougères arborescentes, etc.

La plupart sont des plantes de régions humides et chaudes, mais quelques-unes (Colea alba, Colea rubra, Rhodocolea racemosa var. arborea) croissent jusqu’à 2.000 mètres d’altitude et la température y descend chaque année, au-dessous de zéro. Ces plantes pourraient par la suite être acclimatées dans les parties chaudes du littoral méditerranéen ou de l’Afrique du Nord.

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