Île Rouge
Accueil du site > Cours de Botanique > 12) Annexe : Le Café

12) Annexe : Le Café

Le CAFÉ

Monsieur CHOIX

Revue de Madagascar
N° 3, juillet 1933

Seize-mille tonnes, dont treize-mille-cinq-cents exportées, telle a été la production du café à Madagascar, en 1932.

C’est peu, une goutte d’eau dans la production mondiale. Madagascar ne saurait encore s’inscrire au nombre des pays producteurs, à côté du Brésil et même des colonies hollandaises. Il occupe cependant, dès maintenant la première place, parmi les colonies françaises productrices de café et la rapide progression des récoltes en ces dernières années, le grand nombre de jeunes arbres plantés qui entreront en rapport dans les années qui vont suivre, tout laisse espérer que Madagascar aura bientôt un rang honorable, parmi les producteurs mondiaux.

D’autre part, si l’on veut bien considérer qu’en 1910, la colonie exportait à peine cent-dix tonnes de café, en 1929, trois-mille-cinq-cent, on jugera de l’effort fait par les planteurs, colons ou indigènes et l’on ne doutera point qu’à bref délai le café ne doive devenir l’une des principales, sinon la principale matière d’exportation de la Grande-Île.

Avec son climat chaud et humide, la Côte-Est offre, dans les riches alluvions de ses fleuves, dans les vallées étroites mais fertiles de ses rivières, un habitat choisi pour le café ou du moins pour certaines variétés de café. A partir de six-cent mètres jusqu’à douze-cent mètres d’altitude, les régions moyenne et centrale peuvent convenir à la culture du café de Bourbon ou Moka. On peut donc s’étonner qu’il se soit écoulé tant d’années avant que colons et indigènes se soient résolument engagés dans une voie qui semble leur offrir les plus belles perspectives de bien-être et même de richesse.

Pour le comprendre, il faut se rappeler que les premières tentatives d’acclimatement du café dans la Grande-Île ont été plutôt décourageantes.

Avant la guerre de 1883, des Créoles avaient tenté d’introduire sur le versant oriental des caféiers de Bourbon, des plantations de quelque importance furent même créées. Mais dès les premières récoltes, elles furent totalement détruites par « l’Hemileia vastarix », sorte de champignon microscopique qui s’attaque aux feuilles et contre lequel aucun remède efficace n’a été trouvé.

Les colons qui vinrent s’installer après la conquête, ne trouvèrent de ces caféiers que quelques pieds survivant autour des villages de la côte et de l’intérieur. Ces plants avaient sans doute résisté à cause de la fumure naturelle, que leur apportaient les détritus de ces villages.

Il fallait l’introduction dans la Colonie, tant par le Service de l’Agriculture que par les planteurs, de nouvelles espèces originaires d’Afrique : Canophora, Kouilou, Robusta, Coffea robusta, résistantes à l’Hemileia et dont la fève convient mieux que celle du Libéria, aux exigences du marché mondial, pour que la culture du café prît dans la Colonie l’extension, qu’elle devait logiquement prendre et qui l’a conduite aux résultats actuels.

Dans les premières années du siècle, simultanément le Kouilou fut introduit à Mananjary, le Robusta à Vatomandry.

Le Kouilou et le Robusta sont deux variétés si proches, qu’il faut un œil exercé pour les distinguer à première vue. Elles présentent cependant des différences sensibles. Chacune a ses qualités ou ses défauts. Au reste, elles voisinent et sont très souvent mélangées, surtout dans les plantations indigènes.

Le Kouilou est préféré par certains planteurs parce qu’il est plus précoce, plus fructifère, tout au moins en certaines années, qu’il produit des fèves, dont la maturité est plus rapide, plus homogène et dont la pulpe très mince recouvre un grain un peu petit et souvent irrégulier. Tandis que d’autres sont attachés au Robusta dont la croissance est un peu plus lente et la production peut-être moins abondante mais cependant plus régulière, dont la cerise à pulpe épaisse étend sa maturité sur un temps beaucoup plus long, mais contient un grain beaucoup plus gros et surtout plus régulier, que celui du Kouilou.

Manajary, avec le Kouilou, prit bientôt la tête des provinces productrices de café. C’est pourquoi le café malgache a pris le nom générique de Kouilou, sous lequel se portent également, Robusta et Canéphora.

À Vatomandry, avant et surtout pendant la guerre et même assez longtemps après, le graphite sollicitait et retenait l’activité des colons et des indigènes. Une main-d’œuvre considérable y était employée et les plantations avaient du mal à recruter celle qui leur eût été indispensable pour se développer.

Le système des primes à l’exportation a sauvé les planteurs de la ruine et sans doute la culture du café, de l’abandon qui en serait résulté.

Ne faut-il pas redouter la surproduction, comme cela s’est produit pour la vanille ? Le marché métropolitain semble offrir un débouché qui peut suffire aux espoirs les plus ambitieux.

Lorsqu’il y a seulement quelques années, l’on suivait en filanzane, l’un de ces sentiers qui longent les vallées des rizières des Côtes-Est, on ne traversait qu’une brousse intense, coupée çà et là, à de longs intervalles par de belles plantations de colons et les maigres exploitations vivrières qui entouraient les villages indigènes.

Maintenant, pendant des lieues et des lieues, des heures et des heures, on traverse des caféières. Plantations des colons et plantations des indigènes se suivent, se touchent presque sans interruption. Partout où le café peut pousser, alluvions, marais, marigots drainés, tout ce qui est utilisable est utilisé ou le sera à brève échéance.

Rien de plus agréable, de plus reposant pour le voyageur, que de traverser une belle plantation bien entretenue, vigoureuse, bien soignée, comme le sont celles des colons.

Sous les hautes frondaisons des Albizzia, leur ombrage préféré parce qu’ils leur ménagent une lumière fine et tamisée, juste à leur convenance, les caféiers Kouilou et Robusta s’alignent impeccablement, tous, arrêtés à la même hauteur, arbustes au port gracieux dont les branches s’inclinent vers le sol, alourdies par le poids des fèves qui les surchargent.

Les fèves, d’abord vertes, passent au rouge-cerise en mûrissant. De juillet à, novembre, tous les huit ou dix jours, il faudra cueillir celles qui sont arrivées à maturité. Il faut alors les cueillir sans tarder, car rapidement elles noircissent et tombent à terre. Il faudra éviter de cueillir les fèves vertes qui donneraient à la préparation, des grains blanchâtres et de mauvais goût.

Sur les branches ainsi chargées de fèves vertes et rouges vont éclore des boutons qui grossiront, puis tous ensemble un beau matin s’épanouiront en fleurs d’une éblouissante blancheur.

Pendant quelques jours, la plantation toute-entière restera recouverte d’une neige odorante, prometteuse de la prochaine récolte.

Les fleurs se faneront ensuite, tomberont, laissant à leur place des grains imperceptibles qui grossiront lentement, pour devenir à leur tour dans quelques huit mois, des cerises rouges, bonnes à cueillir.

Trois ou quatre floraisons se succèderont ainsi au cours de la récolte. Les fleurs, les grains qui en naîtront, si petits, si fragiles, il faudra-savoir les respecter tout en cueillant les grains mûrs. Aussi, la récolte du café est-elle une opération très délicate, exigeant une main-d’œuvre abondante et que le planteur a souvent bien de la peine à réunir en temps utile.

Si le voyageur éprouve quelque agrément à traverser une plantation bien entretenue, celui qui l’a créée, soignée, ressent lui aussi une légitime satisfaction, mêlée d’un peu de fierté à la contempler.

Il peut se rappeler en souriant : les longues années d’attente, les peines, les soucis, les heures d’anxiété, souvent de découragement qu’elle lui a coûté.

Il peut se remémorer la brousse sauvage, où il est venu s’installer loin de tout. Cette brousse, qu’il a dû arracher, dessoucher. Les pépinières qu’il a dû créer, soigner pendant une année, tandis que l’on construisait les habitations et les installations diverses.

Puis, il a fallu préparer le terrain pour la plantation, débroussailler, faire les alignements, creuser les trous, transplanter avec soin les jeunes caféiers et les arbres d’ombrage. De ces premiers soins, va dépendre tout l’avenir de la plantation.

Trois années encore ont été nécessaires pour entretenir les plantations, lutter contre cette brousse qui ne veut pas céder la place et qui renaît plus vigoureuse après chaque sarclage.

Il a fallu surveiller la croissance des jeunes plants, les tailler, les guider, s’inquiéter de leurs besoins, de leur malaise, les soigner contre les maladies, les protéger de leurs ennemis : cochenilles, fourmis, etc.

Tous ces travaux, il convenait de les faire en temps utile, avec une main-d’œuvre irrégulière, capricieuse et qui semble souvent s’appliquer à faire défaut au moment où l’on a le plus besoin d’elle.

Quatre ans seulement après la préparation des pépinières apparaissent les premières fleurs : plutôt un encouragement qu’une récolte, car il faudra encore trois ans pour avoir un rendement réellement intéressant et couvrant les frais d’entretien.

Si le planteur a la vocation, s’il a résisté au climat, aux ennemis, au cafard, il est enfin récompensé de ses efforts. O fortunatos nimuim !

Trois-mille tonnes exportées, en 1929 ; treize-mille-cinq-cents, en 1932 : les chiffres ont leur éloquence.

Malgré les difficultés résultant du manque de main-d’œuvre et surtout de son irrégularité, les plantations des colons sont en général, bien entretenues.

Il n’en est pas toujours ainsi de celles des Indigènes. Bien qu’ils aient appris chez les colons, livrés à eux-mêmes, ils n’ont pas encore acquis la méthode, ni la patience qu’exige la culture du café.

Le mode d’exploitation de l’Indigène est à la vérité très différent de celui de l’Européen. Dans la grande majorité des cas, tous les travaux sont exécutés par les membres de la famille, sans intervention de capitaux. Les procédés sont rudimentaires : aucun matériel de culture, pas d’autre instrument de préparation que le mortier destiné au décorticage du riz quotidien. Les baies y sont pilonnées, soit aussitôt après la cueillette, soit après séchage préalable au soleil, directement sur le sol.

Ces procédés primitifs ne sont pas sans inconvénient car les caféiers, plantés sans grand soin, souvent mal entretenus, donnent de faibles récoltes et peuvent être des foyers de maladies. On reproche en outre à la population indigène de déprécier, par son défaut d’homogénéité et de qualité, les lots bien préparés des propriétés européennes.

Le cultivateur malgache est encore excusable, il a entrepris une culture très différente de celle qu’il pratiquait : il en ignore à peu près complètement les éléments et ne possède aucun matériel. Mais l’administration locale s’est préoccupée de faire son éducation et de lui procurer l’outillage le plus indispensable. Les agents européens et indigènes du Service de la Vulgarisation qui vont de village en village, donnent des conseils, font des démonstrations sur les soins qu’exige la plantation, sur l’entretien des arbustes, sur la préparation du café. Par ailleurs, il existe déjà des groupements de cultivateurs, auxquels des avances du Crédit Agricole faciliteront, l’acquisition en commun des machines nécessaires.

Pour l’instant, les colons achètent de plus en plus à l’Indigène son produit brut ou semi-travaillé, qu’ils usinent dans les meilleures conditions. L’agriculteur malgache y a tout intérêt, car la standardisation obligatoire des cafés destinés à l’exportation empêche la sortie des produits qui ne présentent pas les caractéristiques des catégories classées.

On a résolu le problème de la production, on saura résoudre celui de la présentation d’un produit qui sera apprécié sur le marché métropolitain. Il faut encore aider davantage le petit planteur européen et les planteurs indigènes à se procurer le matériel indispensable, favoriser la création d’usines de traitement et de classement dans les ports d’exportation.

Il s’agit de le vouloir résolument, avec persévérance. Une richesse comme le café qui apporte dès maintenant 75 à 80 millions d’argent frais annuellement à la Colonie, mérite que l’on sache s’organiser, vaincre quelques difficultés de détail, faire quelques sacrifices.

Nos cafés, vendus sous le nom générique de Kouilou, sont des cafés dits secondaires. Ce ne sont pas des cafés de luxe, pouvant se consommer seuls. Ils doivent être mélangés pour être bonifiés.

Mais les cafés secondaires ont un large emploi dans la consommation métropolitaine qui en use certainement plus que des cafés de luxe. Si nous savons bien les présenter, en améliorer la qualité, éviter les défauts qui en détournent l’acheteur, nous pouvons être assurés qu’ils trouveront toujours preneur.

On peut cependant et c’est une tâche à laquelle ne faillira pas le Service d’Agriculture, rechercher si d’autres espèces, donnant du café plus apprécié, ne pourraient être introduites et acclimatées avec profit dans la Colonie.

Le Service de l’Agriculture se préoccupe de développer dans l’intérieur, la culture du café de Bourbon qui pourrait servir à bonifier nos cafés de la Côte-Est. Ainsi, le pays pourrait-il un jour produire un mélange qui serait employé directement pour la consommation.

La culture du café est en bonne voie dans la Colonie, l’ensemble des mesures prises et celles que l’on saura prendre, en fera rapidement une des principales, sinon la principale ressource de la Colonie.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0