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13) Annexe : Le Pyrèthre de Dalmatie

LE PYRÈTHRE DE DALMATIE

Sa culture à Madagascar et son emploi comme insecticide.

C. FRAPPA

Agriculture et élevage à Madagascar
2ème année - N° 18 - juin 1934.

Le pyrèthre de Dalmatie, Pyrethrum cinerariaefolium ou P. cinerarifolium, appelé parfois chrysanthème insecticide, fait partie de la famille des Composées Radiées. C’est une « marguerite » dont la fleur est un capitule à disque central jaune, entouré de ligules rayonnantes blanches. Cette plante est robuste, avec une souche fasciculée, des feuilles persistantes et profondément découpées, d’où son nom de « pyrèthre à feuille de cinéraire » La floraison de cette plante est abondante. Elle donne en effet plusieurs centaines de fleurs, portées sur des pédoncules ayant environ 35 centimètres. Le pyrèthre qui nous occupe est très voisin des pyrèthres ornementaux bien connus en horticulture et qui dérivent pour la plupart, par sélection ou par hybridation, de deux espèces de pyrèthre : P. roseum ou pyrèthre de Perse et P. carneum ou P. du Caucase. Ces deux espèces fleurissent surtout dans les provinces persanes du Mazaranderan ou du Dianareto. Mais, il ne faut pas confondre le pyrèthre de Dalmatie avec les plantes du genre Anacyclus qui ne sont ni des pyrèthres, ni des chrysanthèmes, bien qu’elles soient appelées pyrèthres d’Afrique comme l’Anacyclus pyrethrum ou pyrèthres d’Allemagne comme l’Anacyclus officinarum, dont les racines entrent dans la préparation de certains dentifrices.

Par son nom, le pyrèthre de Dalmatie indique son origine géographique. C’est en effet une plante originaire de la Bosnie-Herzégovine, de la Dalmatie et du Monténégro, végétant non seulement dans ces régions au climat méditerranéen, près du littoral, au milieu des cultures de vignes et d’oliviers, mais aussi dans les régions plus élevées et jusqu’à 2000 mètres d’altitude.

En 1927, nous avions eu l’occasion de visiter des cultures de pyrèthre, dans le midi de la France et près de Lyon, à la Station Entomologique du Sud-est. Aussi en 1928, nous fîmes venir de la « Maison Vilmorin » 100 grammes de graines de pyrèthre de Dalmatie qui furent réparties par nos soins : à Tamatave, Diégo-Suarez, Tuléar, Ambatondrazaka, Antsirabe, Fianarantsoa, Marovoay et Nasinana. À Nasinana et depuis près de six ans, nous avons suivi personnellement la végétation de cette plante.

Les graines, reçues en octobre 1928, furent semées à la volée, dans le courant du mois de février 1929, sur un terrain riche et bien préparé. Elles donnèrent au bout de quinze jours, une excellente levée et l’on pouvait procéder à un repiquage dans le courant de juillet. Une première floraison eut lieu en octobre de la même année, mais elle fut peu abondante. La floraison vraiment intéressante n’eut lieu, qu’en novembre-décembre 1930. Les graines récoltées furent semées de suite et l’on put observer une levée très régulière. Chaque année, ces essais furent repris avec de nouvelles graines, en février-mars et en pépinière. En juin-juillet, on repiquait sur des lignes distantes de quarante centimètres. Le même écartement étant réservé entre les lignes de la même planche

Au cours de la 2ème année de végétation, le pyrèthre donne sa principale floraison. On attend pour faire la récolte, que la floraison soit bien commencée et l’on peut faire une première récolte à la fin novembre, suivie d’une deuxième puis troisième à la fin janvier. Les fleurs sont coupées à la faucille et mises à sécher lentement à l’ombre. Cette recommandation est importante à retenir, car un séchage trop rapide au soleil passe pour altérer sensiblement le pouvoir insecticide du produit obtenu de cette façon. Les rendements de la 1ère récolte atteignaient sensiblement 100 grammes de fleurs fraîches par pied. Les essais effectués en 1932 semblent montrer, que sous le climat de Tananarive la plante est sensible à la trop grande sécheresse et qu’on a intérêt à la cultiver dans des terrains frais ou à lui donner au moins deux arrosages durant la saison sèche, entre les mois de juillet et de novembre. En 1932-33, les rendements descendirent au voisinage de 50 grammes, par pied planté. En 1933-34 la récolte, faite sur une superficie de 400 mètres carrés, entreprise dans les conditions de la grande culture, a dépassé 60 kg. de fleurs fraîches et plus de 15 kg. de poudre sèche.

Dans ces conditions, on peut estimer que le pyrèthre doit donner dans l’Emirne, en terrain moyennement riche, suffisamment frais et dès la seconde année, un rendement de 1500 kg. de fleurs fraîches à l’hectare, soit environ 375 à 400 kg. de fleurs sèches. Ces rendements sont analogues à ceux qui sont obtenus dans le midi de la France et en Espagne.

Sans vouloir atténuer ici, par un excès de pessimisme, la grande confiance que certains peuvent accorder à la culture de cette plante à Madagascar, nous pensons qu’en attendant d’obtenir une production suffisamment élevée, permettant une exportation vers la métropole, l’avenir de la culture du pyrèthre doit surtout être orientée vers la production domestique locale, chaque planteur pouvant fort bien réserver à côté de son habitation, une parcelle de quelques ares à la culture de cette plante.

Nous pensons en effet, qu’une superficie de 4 à 5 ares de pyrèthre permettrait à l’exploitant agricole de confectionner assez de produit tue-mouches pour débarrasser sa maison d’habitation, les dépendances, voir même les logements des animaux, des moustiques, puces, chiques et autres insectes qui peuvent y trouver refuge. Cette culture de pyrèthre permettrait en outre de confectionner suffisamment de macération de pyrèthre dans l’essence qui mise en bouteille et sous forme concentrée donnerait au moment opportun et après apport de savon, quelques hectolitres de bon insecticide.

Dès la récolte, les fleurs et les tiges qui ont été mises à sécher à l’ombre peuvent être broyées avec un appareil quelconque, un gros hachoir par exemple.

À cet état, la poudre grossière ainsi obtenue garde assez longtemps ses propriétés insecticides, si on a la précaution de la conserver dans des récipients bien pleins et bien clos. Mais, il est préférable de ne pas attendre trop longtemps et de profiter d’une occasion pour transformer cette poudre, en extrait de pyrèthre. En effet, à part quelques cas très rares, la poudre de pyrèthre n’est pas commode à employer, comme insecticide dans les cultures. Il est donc plus rationnel d’extraire les principes actifs de la plante, afin de pouvoir employer d’une façon plus facilement maniable, en formule plus diluée ou combinés avec d’autres substances.

Pratiquement l’extraction des pyréthrines peut se faire de diverses façons :

1°) par infusion et macération des inflorescences dans l’eau chaude et pure ou savonneuse. 2°) par diffusion dans divers alcools 3°) par diffusion dans divers hydrocarbures acycliques ou aromatiques.

1) INFUSION ET MACÉRATION DANS L’EAU CHAUDE ET L’EAU SAVONNEUSE.

L’eau ordinaire chaude est sans doute le moins cher des dissolvants des pyréthrines. Diverses formules ont été indiquées :

Formule 1 : Poudre de pyrèthre, fine 500 grammes
Eau chaude 40 litres
Formule 2 Poudre de pyrèthre, fine 1 kg
Eau chaude 40 litres

Ces deux formules se préparent en faisant infuser la poudre de pyrèthre dans de l’eau très chaude, mais non bouillante et en laissant macérer ensuite, pendant 24 heures, avant l’emploi.

2) DISSOLUTION DANS L’ALCOOL

Les pyréthrines sont très solubles dans l’alcool. On obtient de bonnes teintures de pyrèthre, en employant l’alcool à brûler. Ces dissolutions de pyréthrine dans l’alcool, peuvent se faire, soit par simple macération, soit par macération rationnelle ou diffusion méthodique.

Formule d’ALVOOD :

C’est une simple solution de teinture de pyrèthre : on fait macérer pendant 10 jours, 1 kg. 250 de poudre de pyrèthre, dans 20 litres d’alcool à brûler. Puis, avant l’emploi, on dilue cette macération dans 100 litres d’eau. Les préparations à base d’alcool à brûler étant généralement assez coûteuses et peu adhérentes, on a intérêt à diminuer la quantité de teinture de pyrèthre et à augmenter l’adhérence de la solution, en y ajoutant du savon. On doit donc à notre avis préférer à la « Formule d’AVOOD », la préparation suivante indiquée par le professeur JUILLET.

Formule du Professeur JUILLET :

On prépare d’abord une teinture de pyrèthre en faisant macérer en vase clos, pendant 10 jours, une partie de pyrèthre dans 9 parties d’alcool à brûler. On peut employer pour cela une poudre de pyrèthre grossière ou des capitules entiers plus ou moins brisés, par simple frottement entre les mains. Au moment de l’utilisation, on prépare l’insecticide d’après les proportions suivantes :

Teinture de pyrèthre 2 parties
Savon noir 3 parties
Eau 100 parties

Les teintures de pyrèthre ont l’avantage de se conserver très longtemps dans des bouteilles bien bouchées. En dilution savonneuse, l’insecticide est adhérent, efficace, mais paraît parfois assez peu fluide pour les pulvérisations à faible pression.

Formule au pétrole par filtration méthodique :

C’est une dissolution méthodique, opérée par filtrations successives. Cette formule est actuellement employée au Kenya. Des trous sont faits dans le fond d’un récipient de fer galvanisé. Une couche de coton est placée au fond du récipient et on dispose au-dessus, environs 500 grammes de poudre de pyrèthre. On passe alors doucement, 1 gallon de pétrole (environ 4 litres 500) et on laisse se poursuivre la filtration. Par des passages successifs avec du pétrole frais, sur de la poudre épuisée et du pétrole enrichi en pyréthrine, sur de la poudre de pyrèthre fraîche, on arrive à dissoudre la presque totalité des pyréthrines.

Formule par macération méthodique dans l’essence :

C’est la méthode que nous utilisons au laboratoire de Nanisana. On emploie pour cela, une batterie de trois récipients, contenant chacun 7 à 8 litres. Au départ, on place dans l’un des récipients, 5 litres d’essence minérale, sur 500 grammes de poudre de pyrèthre. Au bout de trois jours, le produit de cette première macération est décanté et versé dans un second récipient, contenant 500 grammes de poudre de pyrèthre. Le pyrèthre du premier récipient reçoit encore, à 3 jours d’intervalle et à deux reprises successives, de l’essence pure. Ainsi, après un passage dans les trois récipients, on obtient au bout de 9 jours, une bonne macération de pyrèthre dans l’essence.

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