Île Rouge
Accueil du site > Cours de Botanique > 14) Annexe : Le Manioc

14) Annexe : Le Manioc

Le MANIOC

G. MODRIN

Revue de Madagascar
N° 4 - octobre 1933

Originaire du Brésil, le manioc a probablement été apporté de la Réunion à Madagascar, vers le 18ème siècle. Répandu actuellement dans toute l’Ile, il constitue après le riz, la culture la plus en faveur auprès de l’Indigène. Aussi, les surfaces cultivées en manioc dépassent-elles 300.000 hectares et celles-ci s’étendent-elles, chaque année.

Le manioc est presque toujours cultivé en concurrence avec le riz, mais alors que la riziculture demande de grands soins, que le riz est très sensible à un excès d’humidité ou de sécheresse, le manioc au contraire est peu exigent. Bien que préférant les contrées chaudes, il pousse dans tous les sols et à toutes les altitudes, jusqu’à 1.800 mètres. Les légères gelées, que l’on constate à ces altitudes, ne font que retarder la végétation, mais les tubercules n’en souffrent pas autrement. Enfin, les insectes et en particulier les sauterelles ne s’attaquent pas à elle. Même après maturité, les tubercules peuvent se conserver une année en terre sans subir d’altération, ce qui permet de procéder à la récolte au fur et à mesure des besoins. Ces tubercules, simplement séchés au soleil et débarrassés de leur écorce, peuvent encore être conservés de long mois.

C’est donc une plante de prévoyance et sa culture doit être encouragée.

La meilleure époque pour la plantation du manioc s’étend de juillet à, septembre. Dans les exploitations européennes, le sol est préparé à l’avance par deux labours successifs, suivis d’un hersage. La reproduction s’effectue par boutures, prélevées sur la plantation précédente et coupées à une longueur de 15 centimètres. Ces boutures sont plantées obliquement en terre, à la distance d’un mètre 25 environ en tous sens. Les tubercules passent deux saisons des pluies en terre, soit environ 20 mois pour arriver à la maturité.

La récolte a lieu pendant l’arrêt de la végétation : c’est le moment où les racines ont emmagasiné la plus grande quantité de fécule. L’importance de la récolte des tubercules varie, de 5 à 30 tonnes à l’hectare, suivant la nature du terrain et la fumure donnée à la plante.

La culture du manioc qui ne fut, pendant et après les premières années de l’occupation française, qu’une culture vivrière, devint par la suite une culture industrielle, surtout lorsqu’en 1909 des débouchés furent trouvés dans la métropole pour ce produit et ses dérivés. Les exportations augmentèrent alors rapidement d’année en année, pour atteindre en 1932 les quantités et les valeurs indiquées ci-dessous :

en tonnes
Manioc sec 37.000 9.250.000 F.
Farine de manioc 3.000 1.200.000 F.
Fécule de manioc 1.500 750.000 F.
Total 17.850.000 F.
Tapioca 3.750 6.650.000 F.

Si l’on se reporte à 1909, année où Madagascar exporte pour la première fois 134 tonnes de manioc sec, pour une valeur de 25.000 francs, on se rend vite compte du chemin parcouru et de l’intérêt qu’offre cette culture.

Les demandes de la métropole eurent une répercussion heureuse sur les cultures indigènes de la Région centrale de Madagascar. Malgré la pauvreté des terres de ces plateaux, malgré les méthodes culturales primitives employées, les Indigènes de cette région obtinrent des résultats appréciables, puisque sur les 37.000 tonnes de manioc sec exportées de la Colonie en 1932, 25.000 tonnes parvenaient de cette région.

Les cultures de manioc de cette région sont en général de très faible étendue. La production n’est importante que par le très grand nombre de ces cultures.

Le Service de l’Agriculture de l’Ile, aidé de l’Administration régionale, déploie des efforts considérables pour amener l’Indigène à une amélioration des méthodes culturales. Il a réussi un peu partout, à lui faire adopter des charrues, en lieu et place de « l’angady », unique instrument que l’Indigène utilisait pour retourner la terre. L’emploi de la charrue libère ainsi le cultivateur d’un effort pénible et le met en mesure d’augmenter la superficie de ses plantations.

Déjà, grâce à la charrue, quelques Indigènes évolués ont créé des exploitations de quelques dizaines d’hectares de manioc, chacune. L’importance de ces cultures permet à l’exploitant de traiter directement la vente de sa production, ce qui évite le truchement d’intermédiaire onéreux.

Cependant, il convient d’apporter d’autres améliorations aux cultures indigènes. La pratique de la jachère, presque partout en usage à Madagascar, oblige l’Indigène à rechercher de nouveaux terrains de cultures, de plus en plus éloignés des voies de communication. En raison des transports dispendieux que provoque cet éloignement et en égard aux faibles rendements que procure la culture extensive, il y aurait intérêt à inciter l’Indigène à abandonner cette méthode et à fumer ses terres. Certains agriculteurs industriels du Mangoro, ayant constaté depuis quelques années une diminution régulière du rendement en fécule dans leurs usines, ont procédé à des essais de culture intensive portant annuellement sur plusieurs centaines d’hectares. Le fumier est obtenu dans de vastes parcs couverts et abondamment pourvus de litière. Cette fumure, complétée par l’adjonction d’engrais minéraux, a donné des résultats probants qui se traduisent par une augmentation de la récolte et une augmentation du rendement en fécule très, significatives.

L’autochtone de la Région centrale ne produit que très peu de fumier. Il parque son troupeau dans un enclos dépourvu de toiture et de litière, les déjections des animaux, exposées au soleil et à la pluie, ont donc peu de valeurs fertilisantes et lorsqu’il abrite ses animaux, l’absence de litière limite la quantité de fumier produite. Sur ce point, il serait désirable que l’élevage indigène s’améliorât, afin de fournir aux cultures en général l’appoint de fumure indispensable.

Dans la Région du Sambirano-Mahavavy, les Européens propriétaires de riches terres alluvionnaires, bien supérieures aux terres du Mangoro et de la Région centrale, procèdent par assolement et engrais vert.

Jusqu’en 1930, le manioc sec a trouvé sur le marché métropolitain un écoulement facile et rémunérateur, mais l’effondrement des cours des denrées alimentaires qui eut lieu à cette époque dans le monde entier, vint modifier cette situation.

Aussi-bien, la métropole fut-elle envahie par des importations massives de céréales secondaires de provenance étrangère qui firent tomber de 50 %, le cours du manioc sec.

Si la situation du tapioca malgache sur le marché français n’est pas des plus brillante, ce produit a l’avantage sur le manioc sec de ne pas concurrencer un produit similaire français et il est possible de lui accorder une protection douanière, contre son concurrent étranger.

La France est la nation qui consomme le plus de tapioca (douze-milles tonnes annuellement) et alors que le manioc pousse abondamment sur le sol de la plupart de ses colonies, elle était, il y a quelques années encore, « pénible constatation », tributaire de l’étranger, pour la presque totalité de sa consommation.

Les résultats obtenus ces dernières années, nous autorisent à affirmer que l’industrie féculière de Madagascar sera en mesure, dans un délai très court, d’assurer la fourniture, de 12.000 tonnes de tapioca, nécessaire à la consommation de la métropole. Elle étudie en outre, la possibilité de transformer en fécule, le manioc sec provenant des régions éloignées et privées de féculeries : la matière emmagasinée à la récolte serait traitée dans les usines actuelles, après la période d’usinage du manioc frais, ce qui procurerait aux féculeries un travail continu et doublerait leur production.

De même, la jeune industrie s’organise actuellement, en vue de transformer tout le manioc de la Colonie et maintenir ainsi la production constante de cette culture, constatée depuis 25 ans.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0