Île Rouge
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17) Annexe : Bougainville et Commerson

La bougainvillée

BOUGAINVILLE et COMMERSON

Pierre BOITEAU

Qui d’entre nous n’a admiré les magnifiques bouquets violets, rosés ou rouges, des bougainvillées, dont les teintes s’harmonisent si bien avec les somptueux coloris de la terre d’Imerina qu’on les croirait originaires de ce pays.

Ce sont pourtant des plantes étrangères, rapportées d’une lointaine Amérique, à une date encore récente. Le genre bougainvillée fut dédié à BOUGAINVILLE, par COMMERSON. Il mérite donc de retenir l’attention, non seulement pour sa valeur décorative, mais encore pour le souvenir de ses deux grands navigateurs qui s’attachent à son nom.

Philibert COMMERSON était né en 1727, à Châtillon-les-Dombes, petite commune de l’Ain. Son père, notaire, le destinait à l’étude du droit. Mais, son amour inné pour les sciences naturelles, lui fit préférer la médecine et il réussit non sans discussions à se consacrer à celle-ci. Il suivit les cours de la Faculté de Montpellier et fut reçu docteur, en 1747. Les sciences naturelles et en particulier la botanique commencèrent alors à le passionner. Il entreprit la confection d’un herbier qui devait devenir l’un des plus renommés du monde. Fervent disciple de LINNÉ, il écrivit sous les auspices de celui-ci, la description des poissons de la Méditerranée. Ce travail lui valut d’être présenté à la Reine de Suède, par l’illustre naturaliste. Après avoir travaillé dans diverses régions de France et de Suisse, il fut désigné, sur la proposition de LALANDE, pour participer en qualité de naturaliste à l’expédition de BOUGAINVILLE, autour du monde. Parti de France, en 1767, il visita successivement : L’Amérique du Sud, les Iles Malouines, Falkland, la Terre de feu, les îles de la Mélanésie, les Moluques, Java, Batavia et arriva enfin à l’Ile de France (la Réunion) et à l’île Maurice, en 1768.

La colonie était à ce moment dirigée par Pierre POIVRE qui fut lui-même un des pionniers des sciences naturelles dans les territoires lointaines et, ces deux hommes sympathisèrent tout de suite. COMMERSON, avec l’appui de POIVRE, put organiser plusieurs explorations botaniques à Madagascar. Il se passionna alors, pour la flore si particulière de la Grande Ile. Il écrivait à LALANDE : « Quel admirable pays, il mériterait à lui seul, non pas un observateur ambulant, mais des académies entières. C’est à Madagascar, que je puis annoncer aux naturalistes, qu’est la véritable terre de promission pour eux ; c’est là que la nature semble s’être retirée, comme dans un sanctuaire particulier, pour y travailler sur d’autres modèles, que ceux auxquels elle s’est asservie ailleurs ; ses formes les plus insolites, les plus merveilleuses s’y rencontrent à chaque pas. Le Diocoride du Nord, M. LINNÉ, y trouverait de quoi faire encore dix éditions de son système de la Nature et finirait peut-être par convenir de bonne foi, que l’on n’a encore soulevé, qu’un coin du voile qui la couvre ».

Malheureusement POIVRE quitta l’île de France, en 1772. COMMERSON en proie aux avanies de son indésirable successeur, MAILLARD, affaibli par un long séjour, les maladies contractées, le surmenage, allait bientôt succomber à l’âge de 46 ans, le 15 mars 1773.

Quelques jours après, le 21 mars, l’Académie des Sciences, en récompense de ses magnifiques travaux, le recevait comme membre associé. Ses amis parisiens ne se doutaient pas, qu’il était déjà disparu, inaugurant la liste aujourd’hui malheureusement trop longue, des savants français qui ont donné leur vie pour la connaissance de la nature malgache.

Un monument rappelle encore de nos jours, à l’île Maurice, la mémoire de ce savant, dont l’illustre CUVIER a pu dire : « Ses travaux sont extraordinaires. Il est étonnant qu’un homme ait pu faire autant de choses, en si peu de temps »

Quant à BOUGAINVILLE, s’il ne fut pas naturaliste, ce fut un de nos plus brillants et de nos plus intrépides navigateurs. Il joignait à ses qualités incomparables de marin, celles d’un chef prévoyant et d’un administrateur remarquable. Son expédition autour du monde avait été si minutieusement organisée, que malgré les dangers que présentait à cette époque la navigation dans ces régions encore inconnues et les énormes difficultés de ravitaillement, il ne perdit que sept hommes sur les équipages des deux navires qu’il commandait.

Les immenses récoltes recueillies par COMMERSON et au cours de l’expédition de BOUGAINVILLE enrichirent considérablement le célèbre « Jardin du Roi » à Paris, devenu depuis la Révolution française, « le Muséum National d’Histoire Naturelle ». L’un des établissements scientifiques français qui a le plus contribué au cours des siècles, à la connaissance et la mise en valeur de la flore malgache.

Les deux célèbres naturalistes du Muséum : Antoine-Laurent de JUSSIEU et le Chevalier de LAMARCK contribuèrent à l’étude des récoltes de COMMERSON et suivirent à l’évidence l’importance toute particulière de ses travaux.

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