Île Rouge
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08) Annexe : Le Girofle

LE GIROFLE

Georges BOITEAU

Revue de Madagascar
N° 15 - Janv. 1936, p. 107

Le Girofle ou plus exactement le « clou de girofle » est le bouton floral d’un arbre de la famille des Myrtacées, le giroflier. Cette épice au parfum aromatique semble avoir été connue depuis la plus haute antiquité : les Grecs l’appelaient « karuophullon » et les Phéniciens l’importaient des pays d’Orient, jusqu’où s’étendait leur trafic.

En ce qui concerne Madagascar, il en est fait mention pour la première fois dans un récit de voyage, daté de 1506, de l’Amiral portugais, Alphonse d’ALBUQUERQUE. Il est possible que quelques pieds aient été introduits dès cette époque dans la Grande-Île. Mais la culture proprement dite du giroflier n’y fut introduite que vers la fin du XIXe siècle.

Encore, est-ce dans l’île Sainte-Marie, dépendance française depuis 1750, que cet arbre a tout d’abord été cultivé par une « Société de Colonisation », constituée par trois fonctionnaires de l’Etat français : ALBRAN, CARAYON et HUGOT. Ce dernier était Trésorier-payeur de la Réunion. Cette Société, au capital de 10.000 piastres, avait obtenu la concession à perpétuité de deux domaines situés : L’un, dans le Sud de la Dépendance, à Ankarena, pour la culture du giroflier et du cannelier ; l’autre, dans le Nord à Antsaha, pour la culture de la canne à sucre.

Après une exploitation prospère, la Société disparut et avec elle, la culture du cannelier et de la canne à sucre. Quelques colons français et un petit nombre de notables indigènes continuèrent cependant à s’intéresser à la culture du giroflier. Depuis 1896, les plantations créées sur la Côte-Est de la Grande-Île se sont étendues sans interruption et couvrent aujourd’hui des surfaces de plus en plus importantes, particulièrement dans les districts de Soanierana et de Mananara.

Le giroflier croît dans tous les terrains. S’il n’est pas exigeant et si, à ce titre, il conserve la faveur du paysan du Betsimisaraka, sa culture demande quelques soins.

Les girofliers doivent être plantés à une distance de 7 mètres les uns des autres, pour pouvoir se développer suffisamment. Il importe aussi de tenir compte des vents : exposées aux vents périodiques, les branches cassent, les feuilles tombent et si une bourrasque survient c’est la destruction complète, car les racines du giroflier s’accrochent mal au sol. Il est indispensable chaque année de détruire les mauvaises herbes, de nettoyer le terrain, de le fumer et d’étêter les hautes frondaisons pour éviter une croissance excessive. Il n’est pas rare de rencontrer des sujets qui atteignent près de dix mètres de hauteur et dont la longévité approche de cinquante ans.

Selon la fertilité du sol et l’altitude, le giroflier commence à produire entre la sixième et la dixième année. Sur la côte, les récoltes sont plus précoces.

L’île de Sainte-Marie est favorisée à cet égard : le séchage des « clous de girofle » peut s’effectuer avant les grosses pluies d’orage qui commencent sur la Côte-Est de Madagascar, dès le mois d’octobre.

Le « clou de girofle » est la fleur non épanouie du « giroflier ». Arrivé au point de maturité normal, il prend une couleur rose tendre. La cueillette doit alors être faite rapidement, car dès que le clou prend une teinte rouge foncé, les pétales s’épanouissent et tombent, la baie durcit et devient absolument impropre à la consommation. Puis, séparés des fines tiges qui les supportent - les griffes - les clous sont répandus sur des nattes exposées au soleil. Le séchage est l’opération capitale : Le clou devient brun avec des reflets fauves ; seule la capsule garde une teinte terre de Sienne. Bien sec, mis en sac, le girofle défie toute humidité et se conserve très longtemps. Seul, son parfum faiblit légèrement, mais après deux ou trois ans seulement.

La quantité de clous récoltés varie d’une façon très irrégulière, d’une année à l’autre. Sur trois années, il faut compter : une récolte très abondante, une récolte moyenne et une très faible. Certains producteurs obtiennent cependant des rendements annuels réguliers, grâce à l’emploi de la fumure et à des soins périodiques qui ont pour résultat de revigorer le giroflier.

L’île Sainte-Marie est le plus important producteur de « clous de girofle », mais elle est suivie de très près par les districts de la Grande Terre.

Le girofle de Sainte-Marie, comme d’ailleurs celui de la Grande-Île, reste coté sur les marchés mondiaux comme étant le meilleur du monde, aussi de nombreuses récompenses, dont une médaille d’or à 1’exposition universelle de Paris en 1900, ont consacré la renommée de son parfum.

La récolte de 1954 a détenu le record de l’abondance : Sainte-Marie : 1.500 tonnes ; Soanierana : 1.000 tonnes ; Mananara 400 tonnes ; Fenerive : 400 tonnes ; Maroantsetra : 200 tonnes. Quelques-uns évaluent l’ensemble de la production de Madagascar à 4.000 tonnes environ. Encore faut-il observer, qu’un bon tiers de la récolte n’est pas exploité, faute de main d’œuvre.

C’est Zanzibar qui vient en tête de la production mondiale, avec une moyenne de 10.000 tonnes par an.

La crise mondiale a sévi sur le girofle, comme sur les autres produits coloniaux et les cours ont subi une baisse considérable. De 10 francs le kilogramme, en 1929, ils sont tombés à 1 F. 50, en 1954. Différents facteurs ont été la cause de cette chute, dont le moindre n’est pas la spéculation de certains intermédiaires. Aussi, les producteurs de girofle tendent-ils de plus en plus, à s’organiser pour améliorer la qualité et rechercher des débouchés normaux. À ce dernier point de vue, il apparaît que la clientèle de l’Indochine et des pays Nord africains devrait être utilement recherchée pour compenser la perte causée par la fermeture du marché allemand, à la suite de l’interdiction d’exportation des capitaux.

Le giroflier est devenu une source de revenus intéressants, depuis la découverte d’un principe actif « l’eugénol » obtenu par distillation des feuilles vertes ou sèches et des griffes. Le rendement des griffes est d’environ 5 à 6 % de leur poids sec et suivant l’importance de leur siccité, le degré de richesse en eugénol varie, entre 85 et 90°. La distillation des feuilles offre un rendement un peu inférieur, ainsi qu’un plus faible titrage en eugénol. On n’a pas encore cherché à distiller les clous sur une grande échelle. Mais des essais ont été déjà tentés dans ce sens : le rendement obtenu atteindrait 16 % environ et le titrage de l’eugénol serait légèrement supérieur à celui des griffes.

L’essence de girofle donne lieu à un commerce particulièrement actif : si elle n’est utilisée par la parfumerie que pour une faible part, le principe actif qu’elle contient, l’eugénol, est recherché notamment pour des emplois thérapeutiques et chimiques, ainsi que pour la fabrication de la vanilline synthétique.

Cette production s’est très vite développée à Madagascar : les premières distillations de feuilles qui remontent à l’année 1920 seulement, ont permis d’exporter 10.500 kg. d’essence, dès 1922 et 142.000, en 1933. L’île Sainte-Marie, à elle seule, en exporte annuellement environ 120.000 kg.

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