La vigne

La vigne

Ampélidacées : Vitacées – Rhamnacées

7ème TYPE

LA VIGNE

par Pierre Boiteau

La vigne d’Europe, Vitis vinifera (Vitaceae), (Fig. 26), est une plante cultivée dans la région méditerranéenne depuis la plus haute antiquité, pour la production du raisin et du vin. Les Arabes l’importèrent aux Comores et dans le Sud-est de Madagascar, avant le XVIe siècle. Sa culture se répandit rapidement dans le Sud et l’Ouest, mais peu sur les Plateaux. C’était une variété à gros grains blancs, durs et allongés. Le raisin est d’ailleurs bien meilleur dans la région occidentale où il mûrit en saison sèche, que sur les Plateaux où il arrive à maturité en pleine saison des pluies. Cette variété à fruits blancs est aujourd’hui devenue très rare.

En 1802, MICHAUX introduisit une vigne américaine, Vitis labrusca (Vitaceae) qui est aujourd’hui très cultivée sur les Plateaux, sous le nom d’Isabelle. C’est un cépage à grain rouge, à pulpe épaisse et à goût foxé caractéristique. Il sert en majeure partie à la production du vin local.

Enfin, depuis la création du Service de l’Agriculture, celui-ci, ainsi que des particuliers ont introduit de nombreux cépages. Mais leur croissance est souvent entravée par des champignons parasites et une récolte intéressante est presque impossible sans traitements anticryptogamiques. Aussi, « le labrusca » reste le plus
répandu, malgré le goût peu agréable qu’il communique au vin.

La production du vin pour la consommation locale atteint aujourd’hui une assez grande importance.

La vigne, voaloboka en malgache, fleurit à Tananarive en septembre.
Sa fleur est très petite. Elle comprend : 5 sépales à peine visibles, pétales verts, soudés par leur sommet en une sorte de capuchon qui se détache par le bas, 5 étamines et un ovaire à 2 loges, supère.
Cet ovaire forme le grain de raisin qui est une baie. C’est-à-dire un fruit charnu renfermant plusieurs graines.

La vigne est le type de la famille des Vitacées.

La vigne ou voaloboka.

Ses grappes de fruits ou raisins fournissent le vin.

vitace

FAMILLES VOISINES

La petite famille des Rhamnacées est représentée à Madagascar par un arbre fruitier très abondant dans l’Ouest, le jujubier, Ziziphus (Rhamnaceae), (Fig. 27), en sakalava mokonazo. Il en existe deux espèces :

1°) Le premier, Ziziphus mauritiana (Rhamnaceae), a un fruit plus volumineux et des rameaux droits, peu épineux. Il est originaire de l’Inde. À la période de maturité, la nuit, de très nombreux petits lémuriens, les microcèbes, se régalent de ses fruits et ne se dérangent même pas à l’approche d’une lampe.

2°) Le second, Ziziphus jujuba (Rhamnaceae), à fruits plus petits, moins savoureux, à rameaux tortueux, très épineux, provient de l’Afrique du Nord.

– Les deux espèces furent introduites anciennement à Madagascar par les « Silam » de Zanzibar. Leurs graines étant disséminées par les sangliers, ces arbres ont pris, au cours des dernières années, une extension formidable, surtout dans les terrains sablonneux et calcaires de l’Ouest. Leur résistance au feu aidant, ils ont tendance à supplanter dans beaucoup de cas la végétation primitive.
– Ces petits arbres ont des feuilles alternes, assez coriaces, à stipules transformées en épines. Leurs fleurs petites, verdâtres comportent : un calice à 5 sépales, une corolle à 5 pétales, verts tous les deux, 5 étamines et un pistil composé de deux carpelles. Le pistil est entouré d’un renflement caractéristique : le disque. Le fruit du jujubier, le jujube est une grosse drupe, comme une olive, à noyau ligneux, à pulpe sucrée, mucilagineuse et parfumée. On leur attribue des vertus pectorales.
– C’était un fruit très recherché dans l’antiquité et Homère chantait les vertus d’un jujubier, qu’il appelait « le lotus en arbre » et « dont les fruits étaient si délicieux, qu’ils faisaient perdre à ceux qui les mangeaient le souvenir de leur patrie »

Le jujubier ou mokonazo.

Très commun dans les savanes, aux environs de Maevatanana et de Majunga.

Nous venons d’étudier sept types de fleurs qui présentent toutes, un caractère commun :

Elles ont des pétales libres et un ovaire supère.

Elles constituent l’ordre des Dialypétales superovariées.

Tableau récapitulatif :

I) Étamines en nombre indéfini insérées en spirales continues : Renonculacées

II) Étamines en nombre variable :
a) carpelles ouverts : Crucifères
b) carpelles fermés : Malvacées
c) Fleurs régulières :
1) calice, corolle et androcée libres : Caryophyllacées
2) calice, corolle et androcée concrescents : Rosacées

III) Étamines en nombre multiple des pétales, plusieurs verticilles :
Fleurs irrégulières : Papilionacées

IV) Étamines en même nombre que les pétales : Ampelidacées-Vitacées

Voir aussi [->art60]

Le haricot

Le haricot

Légumineuses : Papilionacées

Césalpiniacées

Mimosacées

6ème TYPE

LE HARICOT

Le haricot, Phaseolus vulgaris (Leguminoseae-Papilionoideae), est cultivé depuis longtemps dans le Centre de Madagascar (MAYEUR le signalait déjà en 1775). Cette culture a été étendue depuis, à l’Ouest et au Sud-ouest.
– On sait que cette plante est caractérisée par sa fleur, dont les 5 pétales sont inégaux. C’est une fleur irrégulière.
– Le pétale supérieur est généralement bien développé : on le nomme étendard. Les deux pétales latéraux, plus petits, sont les ailes ; enfin, les deux pétales inférieurs, plus petits encore, souvent soudés en partie, forment la carène. On a donné à cette corolle de forme particulière : le nom de corolle papilionacée. Les pièces de l’androcée et du pistil sont entourées à l’intérieur de la carène. Les étamines sont au nombre de 10, dont 9 soudées. Seule l’étamine supérieure ou vexillaire, opposée à l’étendard, reste libre. Le pistil comprend un ovaire allongé, surmonté d’un style coudé. L’ensemble des pièces de l’androcée et du pistil est arqué de façon à épouser la forme de la carène.
– Le fruit est également caractéristique. C’est une gousse s’ouvrant à maturité par deux fentes longitudinales. Il résulte du développement d’une seule feuille carpillaire, enroulée sur elle-même. Les ovules qui se transforment plus tard en graines, sont tous insérés sur 1’emplacement de l’une des fentes qui correspond à la soudure des bords de la feuille carpillaire. La fente opposée se produit à l’emplacement de la nervure médiane.

P.S. : C’est l’écrivain allemand, Goethe, également intéressé et passionné de recherches scientifiques et de botanique qui révéla en 1790, dans sa publication « La métamorphose des plantes » qu’en réalité, le fruit des légumineuses résultait en partie de la transformation d’une feuille.

Le haricot, en dehors du rôle important qu’il est appelé à jouer dans l’alimentation, est encore intéressant à cultiver en vue de l’exportation. La Grande-Île en exporte chaque année quelques milliers de tonnes.

PLANTES VOISINES

Le pois du Cap, Phaseolus lunatus (Leguminoseae-Papilionoideae), très voisin du haricot, fait l’objet d’une culture importante dans la région du Sud-ouest. Ce pays déshérité, où les pluies sont si rares, vit presque entièrement sur cette production. En 1937, la production totale a atteint 24.000 tonnes et les exportations peuvent être évaluées chaque année, de 15 à 22.000 tonnes. Cette plante semble avoir été introduite, vers 1840 ou 1850, de l’Afrique du Sud. Cultivée dans les régions humides, sur la Côte-Est en particulier, elle ne produit que de petits fruits, dont les graines se chargent d’acide cyanhydrique et peuvent alors, être toxiques. Les Malgaches le distinguent alors, sous le nom de kalamaka. Sous le climat sec du Sud-ouest, cet inconvénient n’existe pas : la plante se développe largement et ses graines ne sont jamais toxiques. Elle est alors connue en malgache, sous le nom de kabaro. Le pois du Cap est originaire d’Amérique, où on le cultive en grand, sous le nom de haricot de Lima. De nombreux bateaux hollandais faisaient alors relâche dans la baie de Saint-Augustin, pour se ravitailler en zébus et en eau potable, et il semble que ce soit par leur intermédiaire que cette introduction a eu lieu.

Les ambériques ou ambrevade ou Pois d’Angole, Cajanus cajan, nommé en malgache, amberivatry, ambarivatry, ambatry, antsotry sont également très voisines des haricots. Leurs graines plus petites servent, néanmoins, à l’alimentation de l’homme et des animaux, à Madagascar et à la Réunion.
Cet arbuste lianescent, de 2 à 3 mètres, est surtout cultivé pour ses graines alimentaires, dans les pays tropicaux. Il est souvent cultivé comme engrais vert ou plante de couverture. La plante sèche constitue un bon engrais. Le dernier, dont les feuilles sont consommées par le ver à soie malgache, était en outre cultivé autrefois pour l’élevage de cet insecte.
La fleur peut être complètement jaune ou l’étendard est veiné de rouge et de brun.
La gousse est velue extérieurement et contient 4 à 5 graines qui se mangent comme les petits pois, dont elles ont la taille.

Le voanemba, Vigna sinensis (Leguminoseae-Papilionoideae), dont les Créoles ont fait voème ou mongette, est également cultivé ça et là, un peu dans toutes les régions de l’île. Il donne lieu à de petites exportations sur la Réunion et Maurice. Sa graine a la forme d’un très petit haricot. C’est une culture très ancienne qui est citée par GAUCHE (1638) et FLACOURT (1650)

Le Dolique d’Égypte ou labblab, Lablab purpureus, syn. Dolichos lablab (Leguminoseae-Papilionoideae), en malgache, antaque ou ananantaka, est sans doute une des légumineuses alimentaires les plus anciennement introduites à Madagascar. Il provient de l’Afrique tropicale. Mais FLACOURT signalait déjà sa présence dans les cultures, vers 1650. La varieté Lablab purpureus possède des tiges et des feuilles violacées.

Le pois, Pisum sativum et la fève, Vicia faba (Leguminoseae-Papilionoideae), d’introduction très récente, sont cultivés autour des grandes villes, surtout dans la région centrale. Leur culture est appelée à prendre un grand développement, car les Malgaches les consomment de plus en plus.

Le pois chiche, Cicer arietinum (Leguminoseae-Papilionoideae), a été introduit par les Indiens, dans le Sud-ouest, en 1914. Il donne lieu à une petite culture, servant d’appoint à celle des pois du Cap.

L’arachide, Arachis hypogaea (Leguminoseae-Papilionoideae), a la curieuse particularité de mûrir ses fruits dans la terre. Aussitôt après la fécondation, les pédoncules des fleurs se recourbent et le jeune fruit est enterré peu à peu. En raison de cette particularité, l’arachide ne croît bien, que dans les sols très meubles. Originaire de l’Amérique tropicale, l’arachide fut introduite au XIXe siècle à Madagascar. Elle donne lieu aujourd’hui à d’importantes cultures, surtout dans les régions de l’Alaotra et de l’Itasy. Sa production totale est d’environ 8.000 tonnes. En dehors de sa consommation directe, sa graine contient en effet une huile appréciée. Elle donne lieu à un commerce assez important avec la métropole.

Le voanjo, Vigna sugterranea (Leguminoseae-Papilionoideae), proche parent de l’arachide, produit un fruit qui s’enterre également à maturité. Mais, il ne contient qu’une graine et est rond, d’où le nom de voanjobory que les Malgaches lui donnent, pour le distinguer de l’arachide. C’est une culture très ancienne. Le général de BEAULIEU (1620), CAUCHE et FLACOURT (l650) le signalaient déjà dans les cultures. II entre pour une part importante dans l’alimentation des Malgaches. Sa culture est d’ailleurs plus facile que celle de l’arachide et il résiste très bien à 2.000 mètres d’altitude.

Enfin le soja, Glycine max = Glycine soja (Leguminoseae-Papilionoideae), d’introduction très récente est aussi, cultivé ça et là, surtout dans l’Ouest et le Sud-ouest.

Les légumineuses fourragères qui jouent en Europe un rôle si important dans l’alimentation du bétail, sont peu cultivées à Madagascar. Il serait très important de développer leur culture, surtout en vue de 1’alimentation des jeunes et des vaches laitières, car elles sont généralement riches en azote.

Notons en passant, une légumineuse locale, la glycine de Lyall, Glycine lyallii (Leguminoseae-Papilionoideae), au nom malgache de andratsiky (Sak.) et dont la valeur fourragère est au moins égale à celle de la luzerne.
Du point de vue agricole d’une façon générale, les légumineuses jouent un rôle extrêmement important. Elles vivent en effet en association avec des bactéries qui ont la propriété de fixer directement l’azote de l’air. Ces bactéries sont abritées dans des sortes de renflements des racines : nodosités qui sont bien visibles, chez toutes ces plantes. Elles permettent un enrichissement rapide en azote des sols neufs qui en sont souvent dépourvus. Aussi les légumineuses peuvent-elles être utilisées souvent, comme engrais verts : C’est-à-dire enfouies dans le sol au cours de leur végétation, de façon à apporter à celui-ci l’azote qu’elles ont fixé dans l’atmosphère. D’autre part, les sols tropicaux
exposés à une radiation solaire extrêmement intense, se stérilisent très rapidement s’ils ne sont pas couverts par la végétation. Les légumineuses peuvent encore servir de plantes de couverture, c’est-à-dire ombrager le terrain entre deux cultures ou dans les intervalles des plantes cultivées, (caféiers, etc.).

Parmi les arbustes et arbres

Les mondulées, Mundulea pauciflora = Pyranthus pauciflora (Leguminoseae-Papilionoideae), connues en malgache sous le nom de famamo ou fanomo, (Fig. 18) et les téphrosies, Tephrosia, nom vernaculaire : tandrohara, ont des feuilles et des écorces toxiques qui servent pour empoisonner les poissons. Ces substances toxiques sont inoffensives pour l’homme et les poissons ainsi capturés peuvent être consommés sans danger. Les Comoriens préparent ainsi des poisons si efficaces, qu’ils peuvent pêcher même en mer, près des rivages à l’aide de ces plantes. On pourrait utiliser ces propriétés en vue de la préparation des insecticides.

Ces arbustes sont au reste fort décoratifs et plusieurs mériteraient d’être cultivés, ainsi que les chadsies, Chadsia (Leguminoseae-Caesalpinioideae) (Fig. 19), à grandes fleurs rouges-orangé, pour la décoration des jardins.

Les indigotiers, Indigofera (Leguminoseae-Papilionoideae), petits arbustes ou plantes suffrutescentes, Indigofera tinctoria, appelés aika en malgache, fournissent une belle teinture uti1isée autrefois, pour la coloration bleue des tissus et des rabanes.

Enfin les palissandres, Dalbergia (Leguminoseae-Papilionoideae), nommés en malgache, voamboana, manariketsana (Tsim.), (Fig. 20), dont il existe un grand nombre d’espèces, sont de beaux arbres de la forêt malgache. Ils fournissent un bois remarquable par sa couleur et sa dureté qui fait l’objet d’un commerce. Leurs fleurs sont à corolle papilionacée, mais leurs gousses ne s’ouvrent pas à maturité.

Toutes ces plantes constituent l’importante famille des Papilionacées, caractérisée par la forme de sa fleur et son fruit appelé gousse ou légume.

La mondulée ou famamo (Leguminoseae-Papilionoideae)

Il a la propriété d’enivrer les poissons, sans être toxique pour les animaux à sang chaud et pour l’homme. On la trouve souvent aux environs de Tananarive (Itasy, Ambohimanga, etc.)

Rameau de palissandre avec ses fruits.

Il en existe de nombreuses espèces malgaches qui fournissent des bois remarquables pour la menuiserie et la construction.

La chadsie (Leguminoseae-Caesalpinioideae)

Arbuste de la Côte-Ouest, à splendides fleurs rouges-orangé, mériterait d’être cultivée, comme espèce décorative.

FAMILLES VOISINES

Les Césalpiniacées, Chadsia (Leguminoseae-Caesalpinioideae), ont encore comme fruit une gousse analogue à celle des papilionacées. Mais leur fleur, bien qu’irrégulière, n’a plus la disposition caractéristique de cette famille.

Les cassiers, Cassia (Leguminoseae-Caesalpinioideae), (Fig. 21), sont parmi les plantes les plus connues de cette famille :
– Ce sont des arbustes à feuilles composées, imparipennées, alternes.
– Leurs fleurs jaunes, assez grandes, souvent très décoratives, comprennent : un calice à 5 sépales plus ou moins soudés, une corolle à 5 pétales libres, de tailles inégales, le supérieur plus grand, les deux latéraux plus petits et les deux inférieurs encore plus petits. Leurs 10 étamines sont également de tailles diverses. – Le pistil est composé d’un ovaire allongé, formé d’un seul carpelle arqué vers la partie inférieure, surmonté d’un style droit.
– Les feuilles de cette plante, lorsqu’elles sont froissées, dégagent une odeur désagréable, d’où son nom malgache de tainakoho et son nom scientifique : Cassia laevigata.

La casse puante, Cassia occidentalis (Leguminoseae-Caesalpinioideae), souveraine, gros indigo sauvage en créole, bemaimbo en malgache, est probablement originaire d’Amérique et devenue pan-tropicale.
– Herbacée, quelques fois ligneuse à la base, haute de 2 mètres et à rameaux glabres. Feuilles longues de 25 centimètres, à 3 ou à 6 paires de folioles opposées, acuminées, dont la dernière paire est plus développée.
– Fleurs jaunes.
– Fruit à gousse plate, à odeur désagréable.
– On lui attribue des propriétés fébrifuges analogues à celles de la quinine. Mais, aucun alcaloïde n’a jamais pu en être extrait et ces propriétés paraissent surfaites. Les graines sont utilisées parfois, après torréfaction, comme succédané du café.

Le_tamarinier, Tamarindus indica (Leguminoseae-Caesalpinioideae), (Fig. 22), est un arbre magnifique qui orne les places des villages de l’Ouest ou du Sud. C’est le kily ou madiro des Malgaches. On l’a considéré longtemps comme originaire de l’Inde. Mais, il est en réalité autochtone. Il a complètement disparu de son habitat naturel, (la forêt de l’Ouest), à la suite des incendies repétés. Seuls, les exemplaires plantés sur les places publiques et à l’ombre desquels les princes sakalaves rendaient la justice, ont échappé à la dévastation.
– La gousse du tamarinier, le tamarin, est charnue. Sa pulpe acidulée a des propriétés laxatives et surtout antiscorbutiques. Aussi faisait-il partie de la cargaison de tous les navigateurs et fut-il répandu dans l’Inde, sur les côtes de l’Afrique, même jusqu’aux Antilles et en Amérique tropicale. Ses écorces ont par ailleurs des propriétés vermifuges.
– La fleur du tamarinier est curieuse. Elle comporte : une sorte de réceptacle creusé en tube sur les bords duquel s’insèrent les pièces florales, 5 sépales, 3 pétales (les 2 pétales inférieurs étant nuls), 9 étamines dont 3 seulement sont fertiles et les 6 autres, transformées en lanières stériles. Et enfin l’ovaire, porté par une colonne assez longue, surmonté d’un style recourbé. À la base du réceptacle se trouvent deux bractées colorées.
– Le fruit est, comme nous l’avons dit, une gousse à parois charnues, partagées en plusieurs loges par des fausses cloisons. Chaque loge renferme une graine.

La casse occidentale ou tainakoho (Leguminoseae-Caesalpinioideae)

Elle doit son nom malgache à son odeur désagréable. Elle est très employée en médecine populaire, comme purgatif.

Les fleurs sont jaunes.

Beaucoup de Césalpiniacées ont des fleurs très décoratives :

Le flamboyant, Delonix regia (Leguminoseae-Caesalpinioideae), par exemple, que l’on trouve sur toutes les côtes de Madagascar et des îles voisines, d’où il a été transporté dans le monde entier, en raison de la beauté de ses fleurs. Cet arbre magnifique a presque complètement disparu lui aussi, de son habitat naturel, le Nord-ouest de Madagascar, sous l’influence des feux. On ne le trouve plus guère que dans l’Antsingy, dans les gorges escarpées du Manambolo et aux environs de Diégo, dans 1’Ankara. Partout ailleurs, il a été planté.

Des centaines d’espèces ont du disparaître ainsi à tout jamais, lors de la destruction des belles forêts des pentes occidentales.

Le flamboyant

Le flamboyant

Les bauhinies, Bauhinia sp. (Leguminoseae-Caesalpinioideae), lianes, arbustes ou petits arbres, ont aussi des fleurs très décoratives. Leurs feuilles sont remarquables, elles sont constituées par deux lobes séparés, par une profonde échancrure.
0n cultive aussi souvent sur les côtes, pour la beauté de ses fleurs, le brésillet, Caesalpinia pulcherrima (Leguminoseae-Caesalpinioideae), connu en créole sous le nom d’aigrette ou Poincillade et qui est le type de cette famille. Cet élégant arbuste à feuillage vert clair fut introduit des Indes-orientales vers 1690-1700.
Le bois de campêche, Haematoxylon campechianum (Leguminoseae-Caesalpinioideae), en malgache sokon-kazo, fournissant une teinture appréciée, est une espèce américaine plantée sur toutes les côtes. Il est devenu sub-spontané dans la région de Diégo-Suarez.

Citons enfin le coumangue ou komanga, Erythrophleum couminga (Leguminoseae-Caesalpinioideae), (fig. 23), l’un des poisons les plus actifs du monde, longtemps employé par les Sakalaves pour empoisonner leurs sagaies. C’est un grand arbre des savanes de l’Ouest, pouvant atteindre 20 à 30 mètres de hauteur :
– Ses feuilles atteignent 30 centimètres de longueur. Elles sont deux fois composées, à folioles opposées et à foliolules alternes ovales, de 6 centimètres de longueur, sur 3 centimètres de largeur.
– Les fleurs sont groupées en épis : leurs pédoncules étant très courts, elles comportent, 5 sépales et 5 pétales courts, les uns verts et les autres, couverts de poils abondants, 10 étamines longuement saillantes, un ovaire porté par un support assez long, fortement velu.
– Le fruit est une gousse ligneuse, d’un brun chocolat à l’extérieur, longuement pédonculée, de 10 à 20 centimètres de long, sur 4 à 6 centimètres de large, contenant une ou 2 graines.
– À l’intérieur, la gousse est blanchâtre, avec une sorte de duvet neigeux autour des graines. Celles-ci sont rondes, aplaties, de 2 à 3 centimètres de diamètre, de couleur brun chocolat.

Un gramme de l’écorce sèche et broyée de cet arbre, injectée à un chien, provoque la mort en quelques minutes. Les Sakalaves considèrent cet arbre comme redoutable et prétendent même, que le seul fait de dormir sous son ombre lorsqu’il est en fleur, peut être dangereux en raison de la chute du pollen. Les empoisonnements par l’eau dans laquelle ses feuilles sont tombées sont fréquents, chez les bœufs.

Le copaïer ou copayer, Tracholobium verrucosum (Leguminoseae-Caesalpinioideae), (Fig. 24), appelé en malgache amalomanta ou andrakadraka, fournissait une résine, le copal (copal : mot espagnol d’origine aztèque), autrefois très recherchée pour la préparation des vérins.

Le tamarinier ou kily (Leguminoseae-Caesalpinioideae)

Ombrage souvent
les places des villages dans l’Ouest et le Sud.

Ses fruits acidulés sont vendus sur certains marchés. Ils sont riches en vitamine C et les navigateurs les transportaient autrefois, pour se protéger du scorbut.

Le komanga, Erythrophleum couminga (Caesalpinioideae)

Un des poisons les plus redoutables du monde entier. Il pousse dans les savanes de la Côte-Ouest et est bien connu des Sakalaves. Ses feuilles sont souvent à l’origine de l’empoisonnement des bœufs, lorsqu’elles tombent dans les mares. On peut en tirer un remède, pour les maladies du cœur.

Le copayier ou andrakadraka

Il fournissait autrefois la résine copal.

Il pousse dans la forêt littorale, tout le long de la Côte-Est, toujours sur le sable et non loin de la mer.

Les Mimosacées (Leguminosae-Mimosoideae), ont toujours pour fruit une gousse. Mais leur fleur est régulière à sépales et pétales égaux.

Elles ont pour type la sensitive qui est le véritable mimosa, Mimosa pudica (Leguminoseae-Mimosoideae), (Fig. 25). Ce sont des arbustes plus ou moins rampants pourvus de nombreuses épines, d’où leur nom malgache de roy (épine) Elles sont surtout confinées dans les régions chaudes et sur les sols marécageux, mais s’étendent un peu partout. Leurs feuilles composées, pennées, ont la propriété de se rétrécir dès qu’on les touche et un choc un peu fort amène la fermeture de toutes les feuilles de la plante. Espèce pan-tropicale. Noms vernaculaires : amboafotsikely, matirosana, anankoay, ramorena.

La sensitive (Leguminoseae- Mimosoideae)

Noter la forme des fruits.
La feuille qui a la propriété de se refermer quand on la touche.

– Les fleurs sans pédoncule sont serrées les unes contre les autres, constituant un épi globuleux. Elles sont très petites et leurs pièces florales sont difficilement visibles à l’œil nu. Elles comportent : un calice à 4 sépales, soudés, très petits, une corolle à 4 pétales plus longs, plus ou moins soudés par leurs bords, 4 étamines libres, longuement saillantes.
– L’ovaire est allongé, formé d’un seul carpelle, surmonté d’un style très long qui se termine par un stigmate à peine dilaté.
– Le fruit est une petite gousse, ne contenant pas plus de 4 graines, dont les valves sont couvertes d’aiguillons mous, recourbés.

Les sensitives ne sont pas malgaches. Elles ont été introduites très anciennement, probablement de Malaisie et en même temps que le riz. Mais elles se sont multipliées à tel point, qu’elles deviennent dans certaines régions une véritable peste végétale.

Les Acacias, Acacia (Mimosoideae), qu’on appelle improprement mimosas, sont d’introduction très récente à ]Madagascar :
– Le plus commun dans la Région centrale, Acacia suarezensis = Albizia polyphylla (Leguminoseae-Mimosoideae), en malgache halomborona, antonosy, a été introduit en vue de la production du bois de chauffage.
– L’Acacia à tanin, Acacia dealbata, a été planté également, en particulier aux environs de Moramanga, en vue de la production des écorces qui servaient dans le tannage des peaux. Il est originaire d’Australie.

Les inflorescences de ces acacias, improprement appelés mimosas, sont souvent utilisées en décoration. Chacune des petites boules jaunes, bien connues, comporte un grand nombre de fleurs.
– Ces fleurs sont sans pédicelle et serrées les unes contre les autres, au sommet du pédoncule de l’inflorescence.
– Chacune des petites fleurs comporte : un calice très réduit, 4 ou 5 pétales légèrement soudés, mais surtout un très grand nombre d’étamines, longuement saillantes, ce qui les différencie très bien des vrais mimosas qui ont toujours un nombre d’étamines, égal à celui des pétales.

Les bois noirs ou albizzia, Albizia lebbeck (Leguminoseae-Mimosoideae), noms vernaculaires : Langue de belle-mère, furent introduits vers 1800. Ce sont de grands arbres souvent utilisés pour ombrager les caféiers dans les plantations, en raison de leur feuillage léger qui convient bien à cet usage. Ils sont devenus spontanés dans de nombreuses régions et particulièrement dans l’Ouest, où ils se ressèment d’eux-mêmes et résistent parfaitement aux feux de prairie. C’est un petit arbre, originaire d’Inde, dont les fleurs jaunes-verdâtre sont odorantes. Cette espèce a un bois foncé qui l’a fait appeler : bois noir ou ébénier d’Orient. Il peut fournir de la gomme arabique. Mais il a surtout été planté à Madagascar, pour nourrir les animaux comme le zébu et le porc.

L’œil de paon, Adenanthera pavonina (Leguminoseae-Mimosoideae), est souvent cultivé dans les jardins de la Côte-Est, pour ses fleurs décoratives (avenue de Tamatave et jardin du Tribunal) :
– C’est un bel arbre, à feuilles deux fois composées.
– Ses fleurs sont groupées en longs épis.
– Elles comportent sur un petit réceptacle légèrement concave, un calice très réduit à 5 dents, une corolle à 5 pétales libres, 10 étamines dont 5 grandes, dépassants la corolle et 5 petites, peu apparentes. Chacune de ces étamines porte à son sommet, entre les loges de l’anthère, un petit renflement caractéristique qui a valu à la plante son nom scientifique d’Adenanthera.
– L’ovaire allongé, se transforme en une gousse longue et arquée s’ouvrant par 2 fentes.
– Les graines nombreuses sont un peu comprimées, lenticulaires. Elles sont d’un rouge brillant et servent souvent à confectionner des colliers.
– Cette graine a la particularité d’être d’un poids si constant, qu’on a fondé sur elle le carat, utilisé pour peser les pierres précieuses.

L’œil de paon est d’introduction très récente à Madagascar et se ressème rarement de lui-même. Il est originaire de l’Inde et du Sri Lanka.

Le pithecellobe, Pithecellobium dulce (Leguminoseae-Mimosoideae), arbre introduit de l’Inde depuis une vingtaine d’années. Les Malgaches l’ont appelé kilimbazaha, car son fruit rappelle celui du tamarinier. Il a trouvé dans l’Ouest et le Sud-ouest de la Grande-Île un terrain si favorable qu’il est en train d’y envahir d’immenses territoires. Il est nommé aussi kilivaza, signifiant tamarinier étranger. Il est originaire d’Amérique du Sud, des régions chaudes et xérophiles, cultivé comme fourrage. C’est un grand arbre, poussant très bien le long des cours d’eau, où il forme de grands peuplements sub-spontanés, entre autre le long du Mandrare, dans la réserve de Bérenty. Malheureusement, beaucoup de ces arbres ont été étêtés lors de la tornade d’octobre 1999 qui a affecté toute cette région.
– C’est une très bonne essence de reboisement dans les zones arides, malgré le bois tendre, car cet arbre résiste bien à la sécheresse.
– Son écorce est astringente.
– Ses feuilles et ses fleurs sont consommées par les Propithèques de Verreaux.
– Ses gousses à arilles, dont la pulpe est blancche ou rosée, sont comestibles et vendues en octobre sur la Côte-Ouest.

Citons enfin l’entade grimpante, Entada scandens = Entada rheedii (Leguminoseae-Mimosoideae), nommée en créole, Liane sabre et en malgache, Voankarabo, Vaheamiomiolana qui est une énorme liane de bords de torrents du Nord-ouest. Elle peut atteindre plusieurs centaines de mètres de longueur, avec un diamètre de 20 à 30 centimètres. Sa gousse ligneuse, très dure, d’un brun foncé, atteint plus d’un mètre de longueur, sur 10 centimètres de largeur. Elle renferme des graines de la taille d’un œuf de poule, appelées voankarabo qui sont consommées par les Sakalaves, après avoir été épluchées et mises à tremper 2 jours dans l’eau courante, puis portées à ébullition prolongée, en renouvelant l’eau plusieurs fois. C’est un des plus grands fruits du Monde.

Les trois familles que nous venons d’étudier ont pour caractère commun leur fruit qui est toujours une gousse ou légume.

C’est pourquoi on en a fait le grand groupe des Légumineuses.

Voir aussi [->art59].

La ronce à feuilles de rose

La ronce à feuilles de rose

Rosacées

5ème TYPE

LA RONCE À FEUILLES DE ROSE

La ronce à feuilles de rose, Rubus rosaefolius (Rosaceae) nommée voaroimena, en malgache (Fig. I5) :
– C’est un sous arbrisseau, à rameaux flexueux. Ses feuilles, composées et pennées, portent de 3 à 7 folioles, couvertes d’un duvet plus ou moins abondant.
– Toute la plante, y compris le rachis des feuilles, porte de nombreux aiguillons recourbés comme la ronce des haies, Rubus fruticosus, si commune en France.
– La fleur comporte : un calice composé de 5 sépales libres, une corolle blanche à 5 pétales également libres, puis de très nombreuses étamines.
– Tout au centre enfin, on voit une masse renflée qui est un gros réceptacle, entièrement couvert de petits carpelles très nombreux.
– Après la fécondation, chaque petit carpelle se transforme en un akène. Pendant que le réceptacle se gorge de sucre et devient très volumineux, le calice persiste à la base du réceptacle.
– La partie que l’on consomme dans la ronce à feuilles de rose, n’est donc pas le fruit, mais un faux fruit ou réceptacle.
– Les véritables fruits sont les petits akènes qui croquent sous la dent et sont d’ailleurs bien visibles à la surface du fruit.

La ronce à feuilles de rose ou voaroimena.

En bas à gauche : coupe de la fleur.

Noter au centre, le gros renflement en forme de massue du réceptacle, sur lequel sont insérés les très nombreux carpelles.

Le fraisier, Fragaria (Rosaceae), que l’on cultive en grand autour de Tananarive, produit lui aussi, non pas un fruit, mais un faux fruit. Cette plante d’origine européenne se développe très bien sur les Hauts-Plateaux. Elle a été introduite tout récemment (vers le début du siècle), mais les variétés à petits fruits, fraisiers des quatre saisons, Fragaria ananassa (Rosaceae) passent déjà à l’état sub-spontané dans l’Ankaratra, à Antsirabe et dans la Mandraka.

Le framboisier, Rubus rosifolius (Rosaceae), en malgache, voaroimena, voaroimhyaha, est lui aussi une ronce. Il est cultivé ça et là dans la région centrale. Il fut introduit en 1898 par la Station d’Essai de Nanisana (semis de graines provenant du Jardin des Plantes de Paris). La framboise est très parfumée. On multiplie facilement le framboisier en divisant les souches. Sa culture devrait être développée, car c’est un des fruits les plus intéressants au point de vue de la teneur en sels minéraux et en vitamine.

PLANTES VOISINES

Le rosier, Rosa sp. (Rosaceae), tout le monde connaît ce magnifique arbuste, cultivé pour la beauté de ses fleurs dans le monde entier. Il se développe particulièrement bien sur les Hauts-Plateaux de Madagascar et y fleurit presque sans interruption. Ces fleurs splendides résultent le plus souvent d’hybridations répétées ou de variations obtenues dans les cultures.

La plante sauvage : l’églantier, Rosa canina (Rosaceae) a des fleurs beaucoup plus humbles. Il n’existe pas à Madagascar où il se comporte mal.

Mais, nous avons ici dans les jardins, le rosier de Wichura, Rosa wichuraian (Rosaceae), dont les fleurs blanches, simples, rappellent beaucoup celles de l’églantier. Cette fleur peut servir de type :
Elle comporte : un calice, une corolle à 5 pièces libres, un androcée à nombreuses étamines insérées sur le bord d’une coupe profonde, le réceptacle creux.
Au fond de ce réceptacle, se trouvent de nombreux carpelles libres, dont les styles viennent s’épanouir à l’extérieur, au centre de la fleur.
Le réceptacle est accrescent, il grossit après la fécondation et on trouve à l’intérieur les carpelles isolés qui ont donné naissance, à des akènes. On confond souvent ce réceptacle en coupe, avec un ovaire infère. En réalité, il n’en est rien, chaque carpelle étant libre au-dessus du réceptacle, la fleur est au contraire nettement superovariée.

a) Le pêcher, Prunus persica (Rosaceae), (Fig. 16), originaire d’Asie, fut introduit au XIXe siècle, probablement par Jean LABORDE. Il a été abondamment répandu depuis dans le Centre et dans l’Est, au-dessus de 700 mètres d’altitude :
– L’arrêt de la végétation bien marqué sur les Hauts-Plateaux pendant la saison sèche, de mai jusqu’en septembre, diminue quand on descend dans les régions humides de l’Est. Il est nul à la Réunion où l’humidité constante de l’atmosphère permet une végétation continue.
– La floraison se produit en août et septembre à Tananarive. Les fleurs roses, bien connues, sont constituées par un périanthe analogue à celui, que nous avons décrit chez les plantes précédentes. Mais, le réceptacle en coupe peu profonde ne comporte au centre, qu’un seul carpelle, mono-ovulé.
– C’est le développement de ce carpelle qui donne naissance à la pêche.

Le prunier, l’abricotier et le cerisier ont la même organisation florale, que le pêcher.

b) Le prunier, Prunus domestica (Rosaceae) avait été introduit à Madagascar antérieurement à la conquête. Mais il n’était représenté que par une variété dont les fruits acides n’étaient guère consommables qu’après cuisson. Aujourd’hui, l’introduction des variétés japonaises et américaines, ainsi que celle de quelques variétés européennes robustes, nous permet la production de fruits très intéressants.

c) L’abricotier, Prunus armeniaca (Rosaceae) et le cerisier, Prunus autum (Rosaceae), sont moins répandus. Ce dernier a même été considéré longtemps comme stérile sous le climat malgache, bien qu’il végète parfaitement. En réalité, le cerisier est auto-stérile sous toutes les latitudes, le pollen d’une variété donnée, étant incompatible avec les ovules de cette variété. L’extension des plantations et le choix judicieux de variétés inter-fertiles pourraient permettre une production de cerises régulière, dans la région d’Antsirabe.

Nous prendrons pour dernier exemple, le bibacier ou néflier du Japon, Eriobotrya japonica (Rosaceae), nommé en malgache, bibasy (mer.), (Fig. 17) :
– Ce bel arbre, dont le fruit a une saveur acidulée agréable, originaire de Chine centrale, fut introduit en 1802 par MICHAUX.
– On le reconnaît de loin, à son port en boule et à son feuillage d’un vert intense.
– Sa fleur présente les caractères typiques de la famille : calice à 5 sépales, corolle à 5 pétales, ici de couleur blanche, étamines nombreuses, insérées sur les bords du réceptacle.
– Mais l’ovaire est ici à 5 carpelles, soudés aux parois creuses du réceptacle. C’est un ovaire infère.
– Le fruit ou bibace reste couronné à maturité par les restes des sépales. Quand on le coupe en long, on voit qu’il comporte au centre une sorte de noyau parcheminé, partagé en 5 loges, contenant chacune une graine assez grasse de couleur brune.

Une structure analogue se rencontre chez :
– le pommier, Malus communis (Rosaceae),
– le poirier, Pyrus communis (Rosaceae)
– et le cognassier, Cydonia vulgaris (Rosaceae).

Ces arbres fruitiers avaient été introduits vers 1860, par les Missions, catholique et anglicane et par Jean LABORDE. Ils avaient été obtenus en général par semis et étaient de valeur médiocre. Dès la création du Service de l’Agriculture, la Station d’Essai de Nanisana introduisit, en 1898, de bonnes variétés qui, multipliées par greffage, ont été aujourd’hui largement distribuées. Le pommier surtout, fait aujourd’hui l’objet de cultures importantes dans la région d’Antsirabe.

L’extension de la culture de ces arbres fruitiers est du plus haut intérêt, car elle met à la disposition de la population un aliment sain, riche et d’un prix abordable. Malheureusement, elle se heurte à de grandes difficultés dont les principales sont :
– l’incompréhension du cultivateur malgache pour le greffage,
– le vol difficile à enrayer, si bien que les propriétaires se désintéressent de leurs plantations,
– et enfin, les maladies et les insectes parasites.

Il faudrait donc :
– apprendre aux petits malgaches, dès leur plus jeune âge, à pratiquer le greffage et le marcottage, sur le terrain,
– réprimer le vol des produits agricoles,
– et organiser, sous la forme coopérative, la lutte contre les ennemis des cultures.

Toutes les plantes que nous venons d’étudier ont en commun les caractères suivants :
– fleur construite sur le type 5,
– Étamines nombreuses, insérées sur le bord d’un réceptacle.

Elles appartiennent à la famille des Rosacées :
Qui est très importante dans les régions tempérées, mais qui n’est guère représentée à Madagascar, que par des plantes introduites.

Les plantes de cette famille peuvent être groupées en quatre séries qui se distinguent par les caractères suivants :

– 1°) Carpelles libres – Ovaire supère

– a°) Carpelle nombreux
– Réceptacle convexe : Ronce
– Réceptacle concave : Rosier

– b°) Un seul carpelle : Pêcher

– 2°) Carpelles soudés aux parois du réceptacle, ovaire infère : Bibacier

LES ARBRES FRUITIERS DES HAUTS-PLATEAUX

Les Hauts-Plateaux malgaches sont privilégiés sous le rapport du nombre des espèces fruitières qui y prospèrent. Outre les agrumes, dont nous avons déjà parlé, arbres fruitiers des régions tempérées ou tropicales, y voisinent : le manguier, l’avocatier, le litchi, les Myrtacées fruitières : jambolan, goyavier, jambose et les kakis qui rivalisent sur nos marchés. Mais ce sont incontestablement les espèces fruitières de la famille des Rosacées avec : le pêcher, l’abricotier, l’amandier, Prunus amygdalus (Rosaceae), le prunier, le pommier, le poirier, le bibacier qui fournissent aux connaisseurs les produits les plus estimés.

Encore, ces arbres sont-ils le plus souvent laissés à la nature et l’on se rend aisément compte des produits remarquables qui seraient obtenus si l’on se préoccupait de leur donner quelques soins.

Tout d’abord, il faut rappeler que nos bonnes variétés fruitières sont les résultats d’hybridations très complexes. Si l’on sème leurs noyaux ou leurs pépins et surtout, si on laisse pousser ceux qui veulent bien le faire d’eux-mêmes, on obtient tout un mélange de formes. La plupart d’entre eux font alors retour à des types ancestraux et sont complètement dépourvus des qualités de la plante qui leur a donné naissance. Les lois de la science de 1’hérédité montrent qu’on n’a pas plus d’une chance sur 20 millions d’obtenir pour un semis, des qualités comparables à celles de la plante mère hybride qui a fourni la graine. Autant espérer gagner le gros lot à chaque tranche de la Loterie Nationale, avec un seul billet !

II faut donc fixer ces bonnes qualités de la plante mère. Pour cela, un seul moyen existe : la greffe. Aussi chaque cultivateur intelligent doit-il savoir manier le greffoir, aussi bien que l’angady. Les plants livrés par les Stations du Service de l’Agriculture sont toujours greffés : ils se composent en réalité de deux plantes : l’une qui comprend les racines et le collet et le porte-greffe, les branches qu’il peut développer ne donnent, que des fruits inférieurs. Il faut donc les supprimer dès leur apparition ; l’autre est le greffon qui doit être favorisé dans sa croissance par une taille raisonnée.

Enfin l’ensemble porte-greffe plus greffon, doit être placé dans des conditions favorables à sa croissance. Le sol doit être défoncé profondément avant la plantation. On l’enrichit de débris organiques en choisissant de préférence ceux qui se décomposent lentement : vieux os, débris de corne, de cuir, etc., de façon à ce que l’arbre soit alimenté par ces réserves pendant plusieurs années.
Il est indispensable de donner à l’arbre une forme bien aérée, de lutter contre les parasites de toutes sortes qui peuvent l’attaquer : surtout les champignons et les insectes.

Une autre précaution indispensable, pour qu’un fruit soit savoureux, c’est qu’il soit récolté à maturité. Un fruit récolté non mûr n’atteint jamais toute sa valeur, il est fortement déprécié. Très souvent il est vrai, le cultivateur est obligé de récolter les fruits verts, pour éviter les déprédations des voleurs. Il est donc indispensable qu’une sévérité particulière soit apportée à la répression de ces vols qui sont un des principaux facteurs abaissant la valeur de la production fruitière et entravant son perfectionnement.

La récolte doit
par ailleurs être effectuée avec le plus grand soin. Les conditions du climat étant particulièrement favorables au développement des pourritures, il importe surtout de ne pas mâcher les fruits à la récolte. Ils seront cueillis à la main et déposés avec soin sur des plateaux recouverts de filasse, de frisure ou de sciure de bois. On évitera toujours de les entasser les uns sur les autres.

Moyennant ces quelques précautions élémentaires, la production fruitière pourrait devenir, pour les cultivateurs du Centre, une véritable rente viagère. Les fruits constituent un aliment des plus sains. Ils fournissant les vitamines indispensables au maintien d’une bonne santé. Ces vitamines qui font si souvent défaut dans l’alimentation malgache, toujours constituée de mets bouillis et ainsi complètement stérilisés.

Les nombreux cas de maladies dues à des carences alimentaires, signalés ces derniers temps chez les enfants malgaches, en particulier par le Docteur BOUILLAT, sont imputables au premier chef, à l’insuffisante consommation de fruits de bonne qualité.

L’œillet

L’œillet

Caryophyllacées : Méliacées

Anacardiacées – Sapindacées

Rutacées- Linacées

Géraniacées – Oxalidacées

4ème TYPE

L’ŒILLET

Cette famille est peu représentée à Madagascar. L’œillet, Dianthus caryophyllus (Caryophyllaceae), est toutefois cultivé dans les nombreux jardins. Je ne m’étendrais pas sur sa description qui est facile à trouver dans tous les manuels scolaires.

Familles voisines

Par contre, de nombreuses familles qui peuvent être rattachées aux Caryophyllacées sont beaucoup plus intéressantes pour nous.

Les Méliacées, Melia (Meliaceae), par exemple, ont pour type le lilac du Japon, Melia azedarach, (Fig. 11) qui est aujourd’hui répandu dans toute la Région centrale de l’île. Les Malgaches le désignent par le curieux nom de voandelaka qui vient du mot « voa » signifiant, fruit ou graine et d’un mot anglais : lilac.
– C’est un arbre à port tortueux, à branches bien étalées.
– Ses feuilles alternes sont deux fois composées.
– Les foliolules sont dentées.
– La floraison se produit en septembre à Tananarive. Elle est éphémère.
– Les fleurs sont délicates et dégagent un parfum pénétrant.
– Elles comprennent : un petit calice à 5 dents, une corolle à 5 pétales, mauves ou lilas-clair, des étamines nombreuses, constituant une série de collerette, d’un violet très foncé, par la soudure de leurs filets. A l’intérieur de cette collerette se trouve l’ovaire.
– Les fruits sont de petites drupes charnues.
– Elles persistent longtemps, après la chute des feuilles, pendant la saison sèche et donnent alors à l’arbre, en raison de leur grand nombre, un aspect original.

Le lilac du Japon se multiplie très facilement par semis et pousse vigoureusement, même dans les sols les plus arides. Ses racines puissantes retiennent bien les terres et il pourrait être utilisé pour fixer les montagnes latéritiques que le ravinement désagrège rapidement. Son bois est dur, mais très noueux et ne peut être que très difficilement utilisé.

Le lilac du Japon ou voandelaka

Introduit, mais devenu très commun à Tananarive.

Au bas, à gauche, coupe de la fleur montrant les étamines soudées entre elles et formant un tube coloré qui s’ajoute aux pétales.

Le manguier, Mangifera indica (Anacardiaceae), (Fig. I2), est cultivé pour son fruit savoureux : la mangue.
– C’est un arbre trapu, tortueux sur les plateaux, mais qui peut atteindre une grande taille dans les régions littorales plus chaudes.
– Ses feuilles sont simples, entières, d’un vert intense.
– En août l’extrémité des rameaux porte une grande grappe de fleurs très petites et verdâtres. Ces fleurs, bien qu’elles soient peu visibles, comprennent cependant tous les organes que nous sommes habitués à trouver : un calice et une corolle, verts tous les deux. – Sur les 5 étamines, une seule porte une anthère, les autres sont réduites à de petits massifs sécréteurs portant parfois un rudiment de filet.
– L’ovaire est à une seule loge renfermant un seul ovule. Il porte un style généralement rejeté sur le coté.
– La mangue est une drupe, dont la grosseur varie suivant les variétés, de la taille d’une grosse dragée, à celle du poing. Le noyau pourvu d’une coque bivalve est fibreux à l’extérieur. La chair est parfumée, plus ou moins sucrée ou acidulée. Certains auteurs lui ont attribué une telle saveur qu’on avait même voulu y voir : « le pommier du Jardin d’Eden »

Le manguier

Originaire de l’Inde. En haut, à gauche, détail de la fleur : il n’y a qu’une seule étamine, rejetée sur le côté. À droite, coupe du fruit. Ici, c’est le péricarpe charnu qui est consommé. En dessous, la graine entourée de son arille qui ne se mange pas.

On rencontre souvent dans la partie Nord-ouest de l’île, l’anacarde ou pomme d’acajou ou noix de cajou, Anacardium occidentale (Anacardiaceae) :
– Curieux fruit porté au sommet d’un pédoncule charnu très renflé qui est seul comestible.
– Le fruit lui-même ne peut être consommé, son suc est vésicant et dangereux.
– La pulpe du pédoncule, acidulée, sert à faire des conserves. Elle était très en honneur au 18ème siècle et l’on en préparait notamment la fameuse « confection des sots » d’HOFFMANN. L’usage, disait-on, donnait de l’intelligence et de la mémoire aux plus dépourvus.
– C’est surtout l’amande qui fait l’objet d’un commerce assez important. Elle est utilisée en pâtisserie et confiserie comme succédané de l’amande douce et en apéritif, sous le nom de noix de cajou.
– L’anacardier est connu des Malgaches sous le nom de : mahabibo ou mabiha, mahibiha, abiba, koroso.
– Il fut introduit au 18ème siècle seulement, semble-t-il par les Arabes de Zanzibar.

L’arbre de Cythère, Spondias dulcis, est nommé en malgache evi, zévi. Il produit aussi un fruit comestible, fruit de Cythère, pomme-Cythère qui est nommé en malgache, ambarella. Il se reconnaît ça et là sur les côtes de Madagascar. De provenance américaine comme le précédent, il fut introduit peu avant la conquête par la Réunion.

Enfin, toujours dans la famille des Anacardiacées, il faut citer le sakoa qui est un nom sakalava, Sclerocarya caffra syn. Poupartia caffra. C’est un arbre très répandu dans les savanes de l’Ouest auxquelles il donne souvent un aspect curieux, en raison de son port en boule, ressemblant un peu à celui du pommier. Ses fruits sont très abondants, leur pulpe est très acide, mais le noyau contient une amande douce que les Sakalava apprécient beaucoup.

Dans la famille voisine des Sapindacées, il convient de citer le litchi, Litchi chinensis (Sapindaceae) qui est un arbre fruitier originaire de Chine, (Fig. 13) :
– C’est un arbre à feuilles composées paripennées.
– Ses petites fleurs sont peu visibles.
– Son fruit qui ne s’ouvre pas à maturité comprend : une enveloppe dure renfermant une seule graine, enveloppée d’un arille charnu assez volumineux qui est la partie consommée. Le goût en est très savoureux, sucré, acidulé, rappelant un peu celui du raisin muscat.

Le ramboutan, Nephelium lappaceum (Sapindaceae), très voisin du litchi, est parfois vendu sur le marché de Tananarive. L’enveloppe de son fruit est pourvue de nombreux ornements formant des sortes de poils glanduleux. C’est pourquoi on l’appelle encore : « litchi poilu ou chevelu»

Le litchi de Chine

Introduit à Madagascar, il y est devenu un des arbres fruitiers les plus appréciés. On le cultive surtout sur la Côte-Est ( Brickaville )

En bas, à gauche, détail de l’arille enveloppant le noyau ; c’est la partie charnue et parfumée, que l’on consomme.

Les Rutacées et plus particulièrement les agrumes sont aussi des arbres fruitiers très répandus à Madagascar :
– L’oranger, Citrus sinensis, (Fig. 14),
– le citronnier, Citrus limon, est nommé en malgache, voasary makirana, tsoha-adiro (Sak.),
– le mandarinier, Citrus reticulata,
– le pamplemoussier, Citrus grandis,
– le cédratier, Citrus médica.

Ils donnent en abondance des fruits sains et agréables. Certains citronniers se sont naturalisés dans les régions côtières.

Signalons enfin que les Linacées, dont le type est le lin cultivé, Linum usitatissimum (Linaceae) qui joue un si grand rôle dans l’industrie textile, comptent une espèce malgache : le lin du Betsileo, Linum emirnensis, petite herbe à fleurs jaunes, construites absolument comme celles de son cousin d’Europe.

Les Géraniacées, Pelargonium (Geraniaceae), sont peu nombreuses à Madagascar.

géranium rosat

Le géranium rosat, Pelargonium odoratissimum, présente cependant un certain intérêt. On extrait de ses feuilles une essence très parfumée, rappelant un peu l’essence de rose. Il fait l’objet de cultures assez étendues dans le Centre et son essence donne lieu à un petit commerce d’exportation.

Le géranium des jardins, Pelargonium x domesticum, est souvent cultivé pour décorer les plates-bandes de ses grandes fleurs rouges ou roses disposées en belles ombelles.

Ces deux plantes appartiennent en réalité au genre : Pelargonium.

La famille voisine des Oxalidacées, Oxalis (Oxalidaceae), compte de nombreuses plantes curieuses :

Les Biophytum : dont le Biophytum sensitif, Biophytum sensitivum ou Oxalis sensitiva, notamment est très commun sur les talus arides autour de Tananarive. Ses feuilles, lorsqu’elles sont irritées, se replient toutes vers le centre de la plante.

LA CULTURE DES AGRUMES

On désigne, sous le nom d’agrumes, tous les arbres fruitiers voisins de 1’oranger : citronnier, mandarinier, pamplemoussier, etc. Tous ont été groupés dans le genre botanique Citrus, comportant de nombreuses espèces dont la délimitation est très difficile, la plupart ayant fourni spontanément de nombreuses formes hybrides.

Les Citrus sont tous originaires de l’Asie méridionale. Mais beaucoup avaient été largement disséminés avant le début de l’époque historique. Nous ignorons tout de ces premiers transports qui ont dû accompagner des migrations humaines très anciennes, dont certaines atteignirent peut-être déjà Madagascar à la faveur des courants équatoriaux.

Les peuples arabes contribuèrent largement à la diffusion des agrumes qu’ils introduisirent dans tout le Moyen-Orient et dans la région méditerranéenne.

Les premiers blancs qui abordèrent à Madagascar signalèrent la présence de certains Citrus (BARB0SA : 1514, CAUCHE : 1638, FLACOURT : 1660). Parmi ces espèces très anciennement introduites figurent : Le cédratier (Citrus medica) bien caractérisé par ses fleurs blanches, ses pétioles sans ailes et son fruit dont l’écorce ou zeste, très épais et doux, occupe la partie la plus importante ; Le citronnier (Citrus limonum) à fleurs teintées de rose, à pétiole pourvu d’ailes étroites, à fruit devenant jaune à maturité, avec un zeste plus ou moins épais. Le citronnier est un arbre, alors que le cédratier est un arbuste touffu généralement plus épineux.

La véritable mandarine, l’orange douce et le pamplemousse sont d’introduction plus récente. Depuis 1800, jusqu’à ces dernières années, de nombreuses introductions successives ont eu lieu. Aujourd’hui, nous avons donc dans la Grande-Île d’excellents éléments pour les diverses sortes d’agrumes. Mais une sélection est indispensable. Les Malgaches ont la désastreuse habitude de laisser pousser tous les arbres issus de semis spontanés, d’où un mélange inextricable de formes dont la plupart sont sans aucun intérêt.

II faudrait au contraire s’attacher à sélectionner, pour chaque région, un type de porte-greffe bien adapté, vigoureux et ayant une bonne affinité avec les variétés cultivées, qui serait multiplié par semis en pépinière, pour obtenir un ensemble aussi homogène que possible. Ces jeunes plants seraient ensuite greffés avec les variétés reconnues les plus méritantes. Des centres d’agrumiculture pourraient être établis dans l’Est, aux environs de Brickaville, dans le Centre, aux environs de Tananarive et dans la Région du Sihanaka, où les diverses variétés semblent prospérer rapidement sur les terres alluvionnaires. Enfin, sur les terres du « Baina » de l’Ouest et notamment aux environs de Majunga.

À côté de la consommation locale qui pourrait être largement développée, il faut envisager en effet, les possibilités de ravitaillement des navires qui prennent de plus en plus d’importance, la production des confitures et des fruits confits, des liqueurs du genre « Curaçao ». Enfin, Madagascar qui est déjà réputé pour ses cultures de plantes à essences, pourrait songer aussi à la distillation des fleurs, des feuilles et des zestes des agrumes pour la préparation des extraits de fleur d’oranger, des essences de Néroli, des essences de Portugal, etc.

Cependant, ces cultures sont déjà la proie de parasites très répandus : papillon de l’oranger, mouche des fruits, cochenilles diverses. Aussi, les centres de production devraient-ils être parfaitement équipés, non seulement en vue de la production des plants greffés fournissant des fruits de choix, mais encore pour la lutte contre les divers parasites.

Il est indispensable, pour ces sortes de création que les cultivateurs malgaches apprennent à s’entraider au lieu de se nuire réciproquement. Seuls des organismes coopératifs, soutenus par les Caisses de Crédit Agricole, auraient des chances de succès. Le développement de cet esprit de coopération, d’entraide mutuelle, de soutien réciproque, est la base indispensable sur laquelle doivent s’appuyer tous les progrès de l’agriculture.

L’abutilon strié

L’abutilon strié

Malvacées : Sterculiacées – Bombacacées

Théacées

Droséracées

3ème TYPE

L’ABUTILON STRIÉ

Cet arbuste introduit, du genre Abutilon asiaticum (Malvaceae), est nommé en malgache, Lariky (Mahaf.). Il fait partie de la famille des Malvacées et est originaire d’Amérique tropicale. Il est souvent cultivé dans les jardins pour ses fleurs jaunes, roses ou rouges :
– Il peut atteindre 2 à 3 mètres.
– Ses feuilles en forme de cœur, dentelées, sont couvertes d’un duvet mou.
– Les fleurs comportent : un calice à 5 sépales soudés, une corolle à 5 pétales libres, de nombreuses étamines soudées en une sorte de colonne qui entoure le style. Les nectaires, situés à la base de cette colonne, sécrètent un nectar abondant.
– L’ovaire comporte 5 loges, ornées de poils. Il est surmonté par le style, très long qui traverse la colonne staminale et s’épanouit à son sommet, en un stigmate à 5 branches.

PLANTES VOISINES

Les hibiscus, Hibiscus (Malvaceae), le plus souvent connus des Indigènes, sous le nom de hafotra, sont très abondants dans les forêts malgaches. La plupart d’entre eux ont une écorce fibreuse, utilisée pour la confection de cordes grossières. Certains ont des fleurs très décoratives.

L’hibiscus à étamines saillantes ou Rose de Chine, Hibiscus rosa-sinensis, est nommé en malgache, foulsapate. Il est originaire de Chine ou du Japon et représente l’un des plus curieux d’entre eux :
– C’est un arbre de la région centrale, dont les feuilles adultes sont souvent curieusement découpées, alors que les feuilles des jeunes rameaux ont au contraire un contour régulier.
– La fleur comporte à l’extérieur un calicule de consistance épaisse. Puis, le calice proprement dit a : 5 sépales soudés, une corolle jaune-orangé, 5 pétales tordus en hélice. Les étamines soudées en tube sont très longuement saillantes.
– Le fruit est une capsule couverte de soies rugueuses. Il conserve à sa base le calice et le calicule qui se développent avec lui. À maturité, les 5 carpelles se séparent et laissent échapper de nombreuses graines noires.
– Une autre espèce très commune est le varo ou hibiscus faux tilleul, Hibiscus tiliaceus, dont on se sert sur la Côte-Est pour supporter les lianes de vanille.

La rosette, Hibiscus sabdariffa, très répandue dans toutes les régions tropicales, se rencontre souvent autour des villages de l’Ouest. Les Malgaches l’appellent souvent divay, car ils fabriquent à l’aide de ses fruits, une sorte de boisson très colorée et faiblement alcoolique.

Le gambo, Abelmoschus esculentus, fut probablement introduit par les Arabes qui en apprécient beaucoup le fruit récolté avant la maturité. Il est souvent cultivé dans les jardins potagers, mais s’échappe des cultures et devient rudéral dans les régions chaudes de l’île.

L’urène à feuilles lobées, Urena lobata ou en créole : Jute de Madagascar ou herbe panier à feuilles incisées ou en malgache paka (betsil.), kiriza, sikilenjo, tsikilenza (sak.), (Fig. 6) :
– Est une plante cosmopolite, répandue dans toutes les régions tropicales.
– Sa tige fournit une fibre appréciée.
– C’est une plante suffrutescente, dont la base des rameaux est ligneuse, tandis que leur extrémité est herbacée.
– Ses petites fleurs roses, se développant à l’aisselle des feuilles, sont construites comme celles des hibiscus. Mais l’ovaire est formé de 5 carpelles libres, ne renfermant chacun qu’un seul ovule et qui donnent naissance à 5 akènes (fruits secs ne s’ouvrant pas à maturité). Les styles de ces akènes persistent et se transforment en éléments crochus. – Ils contribuent ainsi à la dispersion de la plante par les animaux car ils s’attachent à leur toison.

Le cotonnier, Gossypium barbadense, en malgache landihazo, est cultivé maintenant dans le sud. Madagascar en possède d’ailleurs 2 espèces indigènes. Il est aussi très utile, grâce aux longs poils qui entourent ses graines et permettent de constituer un textile apprécié. Il est aujourd’hui l’objet d’une importante production et alimente les tissages et filatures d’Ansirabe.

cotonnier

cotonnier

Toutes ces plantes constituent la famille des Malvacées, ayant pour type « la mauve de France » Leur caractère commun le plus marquant est la présence d’étamines nombreuses soudées en tube par leurs filets.

L’urène lobée ou paka.

Noter les étamines nombreuses, longuement soudées en tube autour du style et le fruit qui se partage en cinq akènes, portant des crampons. Ces fruits s’accrochent aux toisons des animaux et c’est ainsi que l’espèce se répand, sur les sols du Baina, de la Côte-Ouest. On tire des tiges une fibre qui sert à faire des sacs d’emballage.

FAMILLES VOISINES

Les dombeya, Dombeya (Sterculiaceae), généralement connus sous le nom de halampona, sont des arbres communs, surtout dans l’Est et le Centre. Leurs écorces fibreuses servent à la préparation de cordes grossières.

Le plus commun en Imerina est le dombeya à feuilles molles, Dombeya mollis :
– C’est un bel arbre, dont les feuilles à 3 lobes ressemblent un peu à celles des érables de France, mais sont plus molles et couvertes d’un abondant duvet velouté.
– Il se couvre au début de la saison sèche de grands bouquets de petites fleurs, d’un blanc rosé.
– Chacune de ces fleurs comporte : un petit calicule formé de 3 bractées libres, un calice à 5 sépales soudés et une corolle à 5 pétales tordus. L’androcée (ensemble des étamines) est composée d’étamines nombreuses, groupées en 5 paquets, en face des pétales. Entre deux de ces paquets d’étamines, on peut voir une sorte de fine lanière qui n’est autre chose qu’une étamine transformée et stérile ou staminode. L’ovaire est surmonté d’un style court et d’un stigmate à 5 lobes.

Plusieurs espèces de ces Dombeya mériteraient d’être cultivées, pour la beauté de leurs fleurs.

À cette même famille des Sterculiacées appartient un arbre très cultivé dans les régions tropicales le cacaoyer, Theobroma cacao, en malgache, Kakao (tank. et betsim.). Il est originaire d’Amérique du Sud où le cacao était déjà très estimé sous les Incas, les Aztèques et les Mayas. (Fig. 7)
– Les gros fruits en cabosses de cet arbre contiennent des graines qui après torréfaction, fournissent le cacao, matière première de la préparation du chocolat.
– Le cacaoyer est surtout cultivé à Madagascar, dans la riche région du Nord-ouest, dans la vallée du Sambirano. Il fut introduit dès la conquête et donne lieu à des exportations de plus en plus importantes qui ont atteint en 1936 : 399 tonnes.
– La fleur du cacaoyer est curieusement construite. Elle comporte : 5 sépales, 5 pétales présentant chacun à la base, une partie renflée en forme de cuiller qui recouvre l’étamine fertile. Puis, une portion rétrécie et enfin un lobe allongé, en forme de bandelette.
– L’androcée comporte : 5 staminodes alternant avec les pétales, dressés, terminés en pointe effilée, entourant le pistil qu’ils dépassent et 5 paires d’étamines alternant avec les staminodes. Chaque paire d’étamines fertiles comporte un seul filet et 4 loges disposées en croix, incluses, dans le renflement de la base du pétale.
– L’ovaire est supère à 5 loges surmontées par 5 styles distincts.
– Le fruit ou cabosse a un peu la forme d’un concombre. Il peut atteindre 25 centimètres de long. Sa surface rugueuse et mamelonnée est parcourue par dix saillies longitudinales, équidistantes.
– Les graines de la taille d’une noix sont nichées dans une pulpe molle.

La culture de cet arbre serait très intéressante à développer dans les sols riches de l’Est et du Nord-ouest.

Le cacaoyer

Il porte le nom scientifique de Theobroma ( qui veut dire en grec « breuvage des dieux ») Les fruits, appelés cabosses, peuvent être gros comme une petite papaye. On le cultive surtout à Nosy-Be et dans le Sambirano. Ses graines après préparation servent à faire le chocolat.

Il faut placer ici, le baobab, Adansonia (Bombacaceae) (Fig. 8 et 9), l’un des géants du règne végétal, au moins pour la grosseur de son tronc. Les paysages de la région occidentale sont caractérisés par la présence de ces gros arbres, au tronc renflé en forme de bouteille, dont les branches disproportionnées sont généralement dépourvues de feuilles. Au début de la saison des pluies apparaissent de grandes fleurs, d’un blanc crème, caractérisées par leurs étamines soudées à la base et libres au sommet. Leur fruit qui atteint la taille du melon contient de nombreuses graines, grosses comme des noisettes et repliées sur elles-mêmes, en forme de rein.

C’est encore à cette famille des Bombacacées qu’appartiennent les fromagers ou kapokiers ou ouatiers, Ceiba pentandra (Bombacaceae), en malgache, pemba, (Fig. I0) :
– Arbres à tronc renflé, armé d’épines, que l’on rencontre souvent autour des villages de la région occidentale.
– Dénudés pendant la sécheresse, ils portent à la saison des pluies de grandes feuilles digitées.
– Les fleurs sont grandes. Elles comportent : un calice à sépales soudés, 5 pétales libres allongés, 5 étamines très grandes, soudées jusqu’aux anthères et un ovaire à 5 loges, surmonté d’un style très long, terminé par un stigmate à 5 lobes.
– Le fruit est une grosse capsule atteignant 20 centimètres de long et s’ouvrant à maturité par 5 fentes longitudinales.
– Les graines sont enveloppées de poils soyeux qui constituent le kapok.

Le kapokier et le baobab fournissent des écorces souvent utilisées dans l’Ouest, comme textiles. Leurs graines peuvent donner par broyage une huile alimentaire assez fine. Enfin, leurs troncs riches en eau sont abattus et donnés comme nourriture aux bœufs en cas de disette fourragère, pendant la saison sèche.

Le fromager ou kapokier ou ouatier ( pemba )

Les graines sont entourées de poils soyeux qui forment le kapok. Ces graines, si elles étaient ramassées, peuvent fournir une huile intéressante.

Il faut citer encore le théier, Camellia thea, syn. Thea chinensis (Theaceae), arbuste asiatique dont les jeunes feuilles et les bourgeons produisent, après fermentation, le thé. Introduit depuis longtemps à Madagascar, il y pousse avec vigueur, surtout dans le Centre. Mais il ne peut faire l’objet d’une industrie car la cueillette exige une main-d’œuvre très importante.

Le camélia, Camellia japonica (Theaceae), est une espèce proche du théier, cultivée pour la beauté de ses fleurs. Il est originaire de Chine, du Japon, de l’Inde, de la Corée et du Sud-est de l’Asie. Il se développe très bien à Tananarive.

Ces plantes appartiennent à la famille des Théacées.

Le CACAO et le CHOCOLAT

Le cacaoyer, Amérindien,
est encore une plante d’Amérique centrale. Ses propriétés étaient connues et appréciées des indigènes, bien avant l’arrivée des Européens et son usage était réservé aux personnes de qualité. Les premiers blancs qui le connurent furent les soldats de Fernand CORTEZ qui débarquèrent au Mexique, en 1519.

Ce furent les religieuses espagnoles installées au Mexique qui mirent au point la recette du chocolat. Cette préparation, d’abord faite uniquement en Amérique, s’implanta bientôt en Espagne. La première usine fut créée en France, en l659. La vogue du chocolat fut très rapide. Toute l’Europe civilisée en consomma bientôt. En 1684, les docteurs des facultés discutaient gravement pour savoir si le chocolat n’avait pas été le breuvage des Dieux, plutôt que le nectar et l’ambroisie. C’est ce qui valut au cacaoyer le nom scientifique, Theobroma, que lui donna LINNÉ.

Depuis des siècles, l’industrie française du chocolat est célèbre dans le monde entier, pour la qualité de ses produits.

À Madagascar, le cacaoyer fut introduit d’abord sur la Côte Est, en provenance de la Réunion. Quelques plantations furent aussi installées à Sainte-Marie. Mais, jusqu’à la conquête française ces plantations restèrent très limitées, en raison de l’insécurité des établissements agricoles et des difficultés d’exportation. En 1896, l’île exporta pour la première fois 1689 kg.

C’est dans la riche région du Sambirano que le cacaoyer devait trouver sa terre d’élection. Les cultures s’y développèrent peu à peu et ne cessèrent de s’accroître. Les exportations atteignent aujourd’hui quelques centaines de tonnes.

Par ailleurs, une importante partie de la production locale est transformée sur place en chocolat pour la consommation de la Grande-Île. Une usine aménagée d’abord à Tamatave, puis à Tananarive, depuis 1939, produit annuellement en moyenne 150 tonnes, d’un chocolat bien apprécié des enfants de Madagascar.

Les fruits du cacaoyer ou cabosses, sont récoltés lorsqu’ils sont bien mûrs. On les brise et l’on fait fermenter ensuite pendant plusieurs jours, les graines et la pulpe qui les entoure. Le produit rouge contenu dans la graine diffuse alors et doit colorer celle-ci, bien uniformément. De nombreuses autres modifications chimiques accompagnent cette fermentation, la graine perd son âcreté naturelle et devient plus douce. Les graines ou fèves sont ensuite lavées et desséchées au soleil pour l’expédition.

À l’usine, le cacao est d’abord torréfié, c’est-à-dire grillé comme le café. On le passe ensuite dans des concasseurs pourvus d’une soufflerie qui permettent la séparation des coques. Les amandes isolées sont alors moulues finement entre des meules à grain, de plus en plus fin. Lorsque le broyage est bien terminé, le cacao forme une pâte onctueuse et fine. On le fait alors passer dans le mélangeur où il est brassé longuement avec le sucre en poudre et la vanille qui doit le parfumer.

Quand le mélange est bien homogène, il ne reste plus qu’à le couler dans des moules en fer blanc, sur une table à secousses appelée : tapoteuse.

Le cacao renferme une importante quantité de matière grasse : « le beurre de cacao ». Pour le mélanger à l’eau, il est indispensable de retirer ce beurre de cacao. Cette opération est effectuée dans une presse hydraulique, dont les plateaux sont chauffés à la vapeur. Le cacao, ainsi dégraissé, est appelé cacao soluble. Il se mélange à l’eau sans difficulté.

Le chocolat et le cacao ont une très haute valeur alimentaire : la consommation peut en être encore largement augmentée.

fruits du cacaoyer ou cabosses

Le chou de Chine

Le chou de Chine

Crucifères-Brassicacées : Passifloracées

Flacourtiacées – Bixacées

(Chlénacées-Sarcolénacées)

Caricacées

2ème TYPE

LE PE-TSAÏ ou CHOU DE CHINE

Brassica pekinensis

Pe-tsaï ou chou de chine ou chou de Pékin, Brassica pekinensis (Crucifereae-Brassicaceae), est un nom chinois qui veut dire à peu près « légume blanc » :

Brassica pekinensis

C’est une plante introduite depuis peu de temps à Madagascar, mais qui a véritablement fait fortune. Sa culture est en effet très facile, elle se ressème d’elle-même et ne demande aucun soin. Elle produit une importante quantité de feuilles qui servent à aromatiser le riz (Fig. 3).

On la voit fréquemment porter des grappes de fleurs jaunes, formées de 4 sépales et 4 pétales en croix.
Chaque fleur comporte 6 étamines, dont 4 sont aussi grandes que le pistil et deux autres, plus petites, qui portent à leur base une petite glande à nectar.
Le fruit est une silique, c’est-à-dire un fruit sec s’ouvrant par deux valves et comportant au centre une fausse cloison constituée par le développement du bord des carpelles.

Cette plante, aujourd’hui répandue dans toute l’île, peut servir de type à l’importante famille des Crucifères (pétales en croix) encore appelée Brassicacées (du nom latin du chou : Brassica) par certains auteurs, pour obéir aux règles de la nomenclature botanique qui exige la désinence « acées » pour les familles.

PLANTES VOISINES

Le cresson, Lepidium sativum (Crucifereae-Brassicaceae), dont l’introduction ne remonte sans doute pas à un siècle, a pris dans de nombreux cours d’eau de la Grande-Île une extension telle qu’il y élimine parfois les plantes autochtones. Les Malgaches qui en consomment les feuilles cuites avec le riz, l’ont nommé : anandrano, la brède d’eau. Ses petites fleurs blanches sont organisées comme celles du pe-tsaï.

De nombreuses plantes potagères, appartenant à cette famille, sont abondamment cultivées aujourd’hui un peu partout dans l’île :
Le Chou, Brassica oleracea (Crucifereae-Brassicaceae), originaire des Côtes de l’Europe occidentale.
Le Navet, Brassica napus, originaire d’Europe
Le Radis, Raphanus sativum, originaire de Chine et d’Egypte.

Elles présentent toutes les mêmes caractéristiques :
Fleurs à 4 pétales séparés et à six étamines.
Le fruit est toujours une silique.

PLANTES APPARTENANT À DES FAMILLES VOISINES

La grenadelle ou passiflore stipulée, Passiflora edulis (Passifloraceae) ou en créole fruit de la Passion et en malgache maracuja (nom espagnol) (Fig. 4) : originaire d’Amérique tropicale, fut introduite à Madagascar vers le milieu du XIIe siècle. On la rencontre aujourd’hui un peu partout. Ses graines ont en effet la curieuse particularité de résister à l’action des sucs digestifs, aussi est-elle abondamment répandue, tant par l’homme que par les sangliers qui sont très friands de ses fruits :

C’est une liane souvent lignifiée à la base et dont les jeunes rameaux portent de nombreuses vrilles qui lui permettent de s’accrocher.
La fleur a une constitution très particulière : elle comporte un réceptacle, sur lequel s’attachent plusieurs collerettes de pièces florales et qui se relève au centre en une sorte de colonne portant l’ovaire et les étamines. Les 5 étamines ont des anthères suspendues par le milieu et oscillantes.

L’ovaire est surmonté par 3 styles distincts, terminés par 3 stigmates volumineux. Lorsque l’ovaire est bien développé, on peut voir nettement les 3 zones de placentation, où sont insérés les ovules. Ceux-ci très volumineux sont particulièrement bien visibles.

Le fruit est une baie renfermant un grand nombre de graines, dont chacune est pourvue d’un arille charnu, à saveur sucrée. II est supporté par une petite tige articulée, sur laquelle persistent longtemps les restes du périanthe (ensemble des pièces florales) Les 3 stigmates, plus ou moins desséchés, restent aussi longtemps visibles à la partie supérieure du fruit.

Son nom, de genre latin, lui a été donné par les missionnaires catholiques : passio = passion et floris = fleur. Ils ont vu dans la couronne de filaments blancs et bleus, la couronne du Christ, les trois stigmates furent interprétés comme les clous de la crucifixion. Les étamines sont les marteaux qui ont permis d’enfoncer les clous. Les cinq calices et les cinq carpelles représentant les dix Apôtres, Saint-Pierre et Judas.

La barbadine ou granadine, passiflore quadrangulaire, Passiflora quadrangularis, cultivée par quelques amateurs çà et là dans l’île, fournit un fruit beaucoup plus volumineux, pouvant atteindre la taille d’une tête d’enfant.

Ces plantes appartiennent à la petite famille des Passifloracées

Le faux théier, Aphloia theiformis (Flacourtiaceae), connu en malgache sous le nom de : voafotsy ou de fandramanana :
Le premier nom est une allusion aux fruits qui sont de petites baies blanches.
Le second nom est plus particulièrement utilisé pour désigner la plante, quand elle sert de remède ou encore sa forme forestière.
Le faux théier qui est un arbuste rabougri en Imerina, atteint en effet la taille d’un petit arbre en forêt et ses feuilles sont alors plus grandes, elles ont toujours une dentelure caractéristique ressemblant beaucoup à celle du théier.
Les fleurs sont petites, groupées en petits bouquets à l’aisselle des feuilles.
Elles comportent : un calice à 5 sépales, d’un blanc verdâtre, de nombreuses étamines insérées sur le bord d’un réceptacle creux, en forme de coupe.
L’ovaire est à peu près au centre de cette coupe. Il est formé d’une seule loge sur les parois de laquelle se fixent de nombreux ovules, disposés en deux rangées opposées.
Le fruit est une baie blanche à pulpe sucrée que les Malgaches consomment souvent.
Les feuilles du faux théier sont utilisées en infusion comme tonique, apéritif et vulnéraire.
Leur propriété la plus remarquable consiste à arrêter l’hémoglobinurie dans la fièvre bilieuse, si fréquente autrefois à Madagascar. Aussi, vend-on couramment ces infusions sur tous les marchés de l’Imerina.

Le voafotsy appartient à la petite famille des Flacourtiacées

Le type de cette famille est le prunier de Madagascar, Flacourtia indica, connu des Malgaches sous le nom de lamoty :
Cet arbuste épineux, très abondant sur les côtes de la Grande-Île, a valu son nom à l’île aux prunes de Tamatave.
Son fruit, de la grosseur d’une petite prune, est d’aspect et de goût très agréables.
On le cultive d’ailleurs dans presque toutes les colonies anglaises tropicales et même aux États-Unis, en Floride, sous les noms de governor’s plum ou bakoto plum.
Il serait intéressant d’essayer d’obtenir des formes à gros fruits, plus sucrés.

Il faut placer ici, la petite famille des Chlénacées-Sarcolaenacées, spéciale à Madagascar et qui comporte une trentaine d’arbres et d’arbustes souvent à fleurs très décoratives.

L’un des plus connus est le xérochlamys pileux, Xerochlamys pilosa, arbuste des plateaux du Centre (collines de l’Imerina et du Betsileo) que les Malgaches appellent hatsikana et dont ils emploient l’écorce pour aromatiser et colorer les rhums indigènes ou teindre les rabanes en rouge.

Je n’aurai garde d’oublier le roucou, Bixa orellana (Bixaceae), plante teinturière introduite de Guyane, type de la petite famille des Bixacées, car c’est lui qui ombrage la cour du Lycée Jules Ferry.

On doit placer ici aussi, le papayer, Carica papaya (Caricaceae), en malgache, voapaza, mapaza, (Fig. 5) arbre familier importé d’Amérique et qui constitue à lui seul, la petite famille des Caricacées

Voir aussi : [->art45] Annexe : Le Papayer

La renoncule

La renoncule de Madagascar

Renonculacées : Nymphéacées

TYPES DES PLANTES DE MADAGASCAR

1er TYPE

La renoncule de Madagascar, Ranunculus pinnatus (Ranunculaceae), est connue des Malgaches sous le nom de tongotramboabe ou d’odiandoha :
C’est une petite plante herbacée à feuilles parsemées de poils fins.
Elle est surtout commune dans les lieux humides et dans les clairières des forêts.
Ses fleurs sont plus petites que celles « du bouton d’or de France » qui est aussi une renoncule.
Elles comprennent : 5 sépales généralement repliés en arrière, 5 pétales jaunes, un très grand nombre d’étamines et enfin au centre des carpelles également très nombreux.
Si l’on examine avec attention la façon dont les étamines sont disposées à l’intérieur de la fleur, on peut voir que leurs filets s’insèrent sur une ligne spiralée et non sur des corolles concentriques, comme dans la plupart des fleurs. Leur nombre varie avec le développement de la fleur : on dit qu’elles sont en nombre infini.
Les étamines et les carpelles sont groupés par une sorte de renflement du pédoncule de la fleur qu’on appelle le réceptacle.
Lorsque la fleur se fane, chaque carpelle grossit et donne naissance à un petit fruit sec, coriace qui ne s’ouvre pas à maturité : c’est un akène.
Chaque akène est pourvu de petits ornements et d’un bec crochu qui lui permet d’adhérer à la toison des animaux et assure la dispersion de l’espèce. C’est pourquoi, elle existe non seulement dans tout le Centre, l’Est et le Sud-est de Madagascar, mais encore en Afrique tropicale et au Cap.

Toute la plante contient un suc brûlant et vénéneux et les animaux ne la consomment jamais.

Elle est très utilisée en médecine populaire :
La poudre des feuilles est prisée, pour combattre les maux de tête.
Les feuilles fraîches pilées servent de vésicatoire et sont appliquées sous forme d’emplâtre, dans le traitement de la gale et des maladies de la peau.
On l’a même utilisée en Europe, surtout en Italie, où certains spécialistes préconisaient l’emploi de l’extrait alcoolique de la plante, dans le traitement des sciatiques rebelles.

PLANTES VOISINES

La clématite à feuilles disséquées, Clematis mauritiana (Ranunculaceae), (Fig. 1) est assez commune dans le Centre de Madagascar, car elle résiste bien aux incendies de prairies. Mais alors qu’elle constitue une liane nettement ligneuse au milieu des rochers humides protégés des feux, c’est au contraire une plante herbacée à tiges annuelles dans les prairies régulièrement incendiées. Cette curieuse transformation qui n’est d’ailleurs pas héréditaire, prouve combien certains types biologiques sont élastiques. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu son nom vernaculaire : odiandoha.

Caractéristiques de la clématite à feuilles disséquées :

La forme de ses feuilles peut également beaucoup varier :
– Tantôt, elles comportent trois folioles plus ou moins divisées.
– Tantôt, elles sont extrêmement disséquées et réduites à de fins éléments ne comportant guère qu’une nervure.
– Les fleurs sont grandes, d’un blanc crème, composées de 4 sépales opposés deux à deux, d’un grand nombre d’étamines et de nombreux carpelles pourvus d’ornements.
– Chaque carpelle se transforme en un grand ornement plumeux.
– L’ensemble des fruits est assez décoratif.

Clematis mauritiana

La clématite trifide, Clematis trifida, (Fig. 2) : Les Malgaches connaissent cette plante sous le nom de farimaty, fotsivolomanokana ou Fanoroboka. Ce dernier est une allusion à l’usage qu’on en faisait dans la préparation des prétendus remèdes contre la lèpre : le suc de la plante très vésicant était appliqué sur la peau pour provoquer une desquamation rapide et faire disparaître, au moins temporairement, les symptômes de la maladie. Le malade échappait ainsi au dépistage.

II existe plusieurs autres espèces de clématites à Madagascar.

Ces plantes appartiennent à la famille des Renonculacées qui est caractérisée par ses fleurs à pièces florales libres, nettement séparées, en nombre indéfini, insérées sur un réceptacle suivant une spirale continue.

Elles sont à rapprocher de la renoncule de France ou bouton d’or et de la clématite vigne-blanche ou de l’anémone.

Le nénuphar étoilé, Nymphaea stellata (Nymphaeaceae), couvre souvent les étangs et les lacs de ses belles fleurs, dont le coloris peut varier du blanc presque pur au bleu ou au violet.

Nymphaea stellata

C’est un proche parent des nénuphars de France et il appartient comme eux à la petite famille des Nymphéacées qui ne compte que des plantes aquatiques.

Une particularité intéressante de sa fleur est le grand nombre de formes de transition qu’elle offre entre ses diverses pièces typiques : passage insensible des sépales verts aux pétales plus ou moins colorés, puis du pétale de plus en plus étroit et portant souvent une ou 2 loges d’anthère, dépourvues de pollen, à l’étamine proprement dite.

Les Malgaches connaissent la plante, suivant les régions, sous les noms de tatamo, voalefoka, voahirana, betsimihilana, tsiazondia :
Ils en consomment souvent les tubercules et les fruits.
Ils utilisent ses propriétés calmantes et émollientes.
Les feuilles sont aussi souvent utilisées, comme aliment pour le bétail.

Nymphaea stellata

Introduction : La récolte des échantillons à Madagascar

La récolte des échantillons botaniques à Madagascar
Pierre BOITEAU

Dans chaque région de Madagascar aussi ravagée qu’elle ait pu être par les feux de brousse, les tavy ou les exploitations forestières abusives, il existe des lambeaux plus ou moins importants de végétation intacte : près des marais, dans les creux protégés des rochers, sur les pentes escarpées. Ce sont ces petites formations qui sont particulièrement intéressantes, à prospecter.

Pour les plantes supérieures, on doit s’efforcer de récolter des échantillons aussi complets que possible, c’est-à-dire présentant des feuilles, des fleurs, des fruits, la partie souterraine de la plante si elle comporte : un bulbe, un tubercule, un rhizome ou des racines renflées. La traditionnelle boîte verte n’est pas du tout recommandable ici. II est beaucoup mieux d’avoir une petite presse de récolte, légère, constituée par deux toiles métalliques, tendues sur des cadres de fer et serrées par des courroies de cuir, que l’on remplit au préalable de feuilles de papier de journal, avec quelques pages de buvard pour les plantes particulièrement délicates.

Les plantes sont placées entre ces feuilles, au fur et à mesure de leur récolte et serrées modérément. Chaque échantillon est accompagné d’une étiquette, sur laquelle on notera : le nom du collecteur, le n° de récolte, la date, la localité exacte, l’habitat (forêt, prairie, etc.), le port de la plante (arbre, arbuste, liane, sous-arbrisseau, plante suffrutescente ou herbe), sa taille approximative, la couleur des organes qui sont susceptibles de se décolorer (fleurs), le nom indigène, les utilités qui peuvent être connues de la plante.

Certaines plantes grasses continuent à vivre en presse, pendant des semaines, voir des mois. Il est indispensable pour les bien préparer de les tuer au préalable, en les faisant tremper 24 heures dans une solution d’alcool ou de formol à 5 %. On les met ensuite en presse, comme les plantes ordinaires. On peut les tuer aussi, en les trempant rapidement dans l’eau bouillante.

Pour les Orchidées, il est bon de noter la forme des pseudo-bulbes, lorsqu’elles en présentent, car cette forme peut être impossible à reconnaître en herbier.

Un croquis rapide de certaines fleurs peut rendre de grands services pour les travaux ultérieurs.

Les palmiers de la Grande-Île sont encore mal connus. Cela est dû à ce que les échantillons envoyés sont rarement complets. Ils doivent comprendre : une inflorescence mâle et une inflorescence femelle, la base, le milieu et le sommet d’une feuille, les fruits, une gaine foliaire non encore ouverte, prélevée tout près du bourgeon terminal.

Les fougères devront comprendre des fructifications ou des frondes fertiles, quand celles-ci sont différenciées. Pour les fougères arborescentes, il convient de récolter aussi les écailles de la base des frondes qui sont indispensables pour certaines déterminations.

Les champignons peuvent faire l’objet de récoltes extrêmement intéressantes, dans toutes les régions, aussi bien les espèces à fructifications facilement visibles à l’œil nu, que celles qui parasitent les plantes sauvages et ne se présentent alors que sous forme de petites taches sur les organes de ces végétaux.

Certains champignons ligneux se conservent facilement après séchage, mais la plupart des espèces se décomposent facilement et doivent être de préférence, placées dans des flacons, dans un liquide préservateur, alcool ou eau formolée. Chaque récolte devra être accompagnée d’une fiche descriptive comprenant un croquis de la plante et les indications suivantes : nom du collecteur, n° de récolte, date, localité, habitat, mode de groupement : isolé, en touffes ou en groupes ; les dimensions du chapeau et sa forme, les caractères de sa cuticule : séparable ou non, sèche ou visqueuse, glabre, farineuse, veloutée, soyeuse, fibrineuse ou squameuse, brillante ou mate ; les couleurs des diverses parties ; les caractères, les dimensions, la forme du stipe et s’il se sépare ou non du chapeau; la présence ou l’absence d’anneau et de volve ; les caractères de l’hyménium : lamelles, tubes, pointes, etc. ; consistance, couleur et odeur de la chair, présence ou absence de lait.

Pour chaque espèce, un chapeau pourra être déposé sur une feuille de papier et l’on récoltera quelques heures après les spores, dont on notera la couleur.

Les algues sont lavées à l’eau, dès leur récolte. On les étale alors à la surface de l’eau, puis on glisse en dessous une feuille de carton, qu’on laisse remonter bien d’aplomb, pour que l’algue s’y étale convenablement. Les cartons, portant les algues, sont recouverts de tissus de la même dimension et l’on met le tout en presse, en intercalant entre deux échantillons ainsi préparés un petit matelas de papier buvard. Lorsque l’échantillon est bien sec, l’algue adhère parfaitement au carton et le tissu se détache de lui-même. Ainsi préparées, les floridées ou fleurs de mer, conservent leurs superbes couleurs.

La récolte des espèces microscopiques serait évidemment intéressante, mais elle exige des techniques assez compliquées et un matériel plus important.

Enfin, les lichens qui comptent encore de nombreuses formes inconnues à Madagascar se conservent à sec, comme les échantillons des plantes supérieures ou dans de petites pochettes.

Cours élémentaires de botanique : présentation

Cours élémentaires de botanique appliqués à Madagascar et débutés à Tananarive, en octobre 1938 par Pierre BOITEAU

Cours de Pierre BOITEAU
Ingénieur Horticole
Ingénieur d’Agronomie Coloniale
Correspondant du Muséum National d’Histoire Naturelle
Membre de l’Académie Malgache

Ce cours a été réactualisé au niveau des noms botaniques en 2002 par sa fille, Lucile ALLORGE-BOITEAU, docteur ès-Sciences, attachée au Muséum d’histoire naturelle de Paris
La mise en page a été effectuée par sa fille, Suzanne MOLLET-BOITEAU.

Le reste du texte a été laissé en l’état et est le reflet de l’époque coloniale, avec des mentions comme « la Colonie » pour parler de Madagascar et « des indigènes » pour parler des Malgaches.


Introduction

« À Dieu ne plaise que nous soyons assez insensés pour vouloir y rassembler tous les ouvrages de la Nature, plus profonde et plus vaste que l’Océan. L’homme le plus actif, dans le cours de sa vie la plus longue, n’en peut entrevoir que les principaux rivages ; mais ses études élémentaires doivent au moins en embrasser l’ensemble. »
Bernardin de SAINT-PIERRE.

 

Le voyageur européen qui débarque, pour la première fois, sur les côtes de notre Grande-Île, en quelque point que ce soit, y est forcément surpris par la variété de sa végétation ou son aspect étrange. Tout voyageur porte généralement en lui un observateur. Celui qui ne voit rien, peut évidemment contempler longtemps la même chose et éprouve peu souvent le besoin de se déplacer ou il s’en lasse bien vite.

Parmi les premiers renseignements que demandera notre arrivant, figureront sans doute les noms de ces végétaux inconnus. Or, neuf fois sur dix, il lui sera répondu évasivement. À peine, de temps à autre, aura-t-il l’occasion de noter un nom créole ou celui d’une plante utilitaire. De là, sciemment ou non, un curieux sentiment de vide et de malaise dû à un défaut impondérable de précision qui vous force à vous en tenir à ces termes si vagues : un arbre, une plante, une herbe, alors que vous auriez dit en France : « Le tilleul, le chèvrefeuille ou le pissenlit »

Pour le botaniste, c’est encore plus terrible ! Songez à la définition, un tant soit peu péjorative, qu’en a donné Alphonse KARR : « Le Botaniste est un Monsieur qui vient dans nos bois, dans nos prairies, cueille nos plus belles fleurs, les fait sécher entre deux feuilles de papier buvard où elles perdent leurs brillantes couleurs et ensuite… il les insulte en latin ! » Je vous laisse à penser quel est le désarroi de notre malheureux botaniste. Il peut encore certes, récolter ses fleurs et les faire sécher, mais pour ce qui est de les insulter en latin, il n’y a plus rien à faire, le vocabulaire lui manque.

En France, l’amateur de plantes, même s’il débute, est généralement guidé par un maître. Il apprend vite le nom des plantes les plus répandues, puis armé de son bon gros « BONNIER », il va se lancer dans des déterminations de plus en plus délicates. Il a d’autre part à sa portée des moyens de transport faciles et rapides qui l’amènent presque à pied d’œuvre, même s’il veut faire connaissance avec la flore alpine.

Ici, il en va tout autrement. Le naturaliste doit faire de longs et pénibles efforts physiques pour prendre contact avec les formations si diverses de la Grande-Île.

Une fois son matériel récolté, il lui faudra de patientes recherches dans une foule de livres techniques rédigés dans les langues les plus diverses, pour découvrir enfin les diagnoses cherchées. Puis, il devra établir la comparaison de ces descriptions entre elles et avec les échantillons récoltés. Et encore, tous ces travaux restent souvent stériles. Pour noter avec certitude le nom exact à consigner sur l’étiquette, il faut confronter l’échantillon lui-même avec son type conservé pieusement dans un lointain Musée européen. Nous sommes loin de la boite verte et du gros BONNIER.
La Flore malgache est aussi bien plus variée que celle de France. Notre île compte près de 12.000 espèces, rien que pour celles à fleurs. Les plantes sans fleur y sont au moins aussi nombreuses, la plupart sont d’ailleurs encore inconnues. Si l’on observe qu’une même plante, souvent envoyée à des spécialistes divers (suivant la nationalité du collecteur), a reçu plusieurs noms (parfois jusqu’à 10 et davantage) on peut avoir une idée de la complexité de ces recherches.

Bien peu d’hommes peuvent se vanter de connaître la Flore malgache et je m’empresse de dire que je suis loin d’avoir cette prétention. Il faut toute une existence passée à l’étudier pour pouvoir affirmer qu’on commence à la connaître.

Aussi, ma seule ambition actuelle est-elle de servir en quelque sorte d’interprète, entre les érudits spécialistes de notre Flore ou le plus souvent de quelques-unes de ses familles et les observateurs, les esprits curieux qui sans vouloir « insulter les plantes en latin » sont néanmoins désireux de parler une langue nuancée et vivante.

Comme je l’ai laissé entendre jusqu’ici, la Botanique est essentiellement une science d’observation. Aussi, on conçoit bien mal que des enfants qui n’ont sous les yeux que des exemples de plantes françaises dessinés sur un livre, aussi bien illustré soit-il, soient capables d’apprendre durablement des rudiments de sciences naturelles. La plupart du temps, ce cours n’est pour eux qu’un exercice mnémonique qui trouverait mieux sa place dans d’autres branches de l’enseignement. Les plus favorisés d’entre eux, lorsqu’ils iront en France auront généralement oublié les noms des plantes qu’ils ont appris et leurs caractères et en tout cas seront bien incapables de reconnaître, dans telle fleur splendide, un vilain petit dessin qui d’après leur professeur portait le même nom.

Quant à nos jeunes Malgaches, comment apprendraient-ils à aimer les fleurs de leurs prairies et les arbres de leurs forêts, alors qu’on ne leur en parle jamais. Ils en ont pourtant bien besoin pour surmonter leur instinct atavique de l’incendie et les erreurs de leurs ancêtres qui ont ruiné d’immenses étendues de leur beau pays.

Il est donc devenu indispensable à mon sens, pour tous ceux auxquels incombe la responsabilité de la formation des générations qui viennent, d’acquérir un minimum de connaissance des choses de la Nature malgache. Beaucoup en ont déjà formulé le désir et c’est pour les aider dans cette entreprise que j’ai réalisé cet essai dans la mesure de mes moyens.

Vidéo : Interview du Dr. Philippe Rasoanaivo

Cette vidéo présente une interview du Dr. Philippe Rasoanaivo, scientifique malgache, par Lucile Allorge à propos de son travail avec Pierre Boiteau. Elle fut enregistrée à l’Institut Malgache de Recherches Appliquées le 26 mai 2012 :

Lien direct vers le fichier au format webm : Interview_de_Philippe_Rasoanaivo.webm (87,1 Mo)

Le Dr. Philippe Rasoanaivo est décédé le 13 juillet 2016. Retrouvez un article à sa mémoire sur le site du journal l’Express de Madagascar.